{"id":1950,"date":"2018-11-12T10:13:32","date_gmt":"2018-11-12T10:13:32","guid":{"rendered":"http:\/\/avenir-gendarmerie.org\/?p=1950"},"modified":"2018-11-12T10:13:32","modified_gmt":"2018-11-12T10:13:32","slug":"a-lepreuve-de-la-grande-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avenir-gendarmerie.org\/index.php\/2018\/11\/12\/a-lepreuve-de-la-grande-guerre\/","title":{"rendered":"A l\u2019\u00e9preuve de la Grande guerre"},"content":{"rendered":"<div class=\"description\">\n<div class=\"ezrichtext-field\">\n<p>L\u2019exp\u00e9rience de la Premi\u00e8re Guerre mondiale reste un souvenir douloureux dans l\u2019histoire de la gendarmerie. Les gendarmes p\u00e2tirent longtemps aupr\u00e8s des poilus d\u2019une r\u00e9putation d\u2019agents r\u00e9pressifs z\u00e9l\u00e9s peu expos\u00e9s au feu. Rest\u00e9 longtemps m\u00e9connu, leur r\u00f4le durant le conflit n\u2019en fut pas moins important de la mobilisation \u00e0 la sortie de guerre.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"body\">\n<div class=\"ezrichtext-field\">\n<p>Le 3 ao\u00fbt 1914, lorsque l\u2019Allemagne d\u00e9clara la guerre \u00e0 la France les gendarmes d\u00e9partementaux furent d\u2019embl\u00e9e mis \u00e0 contribution pour organiser les premi\u00e8res op\u00e9rations de mobilisation des arm\u00e9es de Terre et de Mer. Ils assur\u00e8rent aussi les r\u00e9quisitions des b\u00eates, des mat\u00e9riels, v\u00e9hicules, et fournitures n\u00e9cessaires aux besoins militaires.<\/p>\n<p>Pour les gendarmes, le point le plus d\u00e9licat de l\u2019entr\u00e9e en guerre resta leur propre mobilisation. Le plan XVII, mis en place au printemps 1914, pr\u00e9voyait d\u2019envoyer aux arm\u00e9es pr\u00e8s de 4 000 gendarmes pr\u00e9v\u00f4taux pour y assurer le maintien de l\u2019ordre et la police militaire. Chaque brigade dut ainsi exp\u00e9dier un \u00e0 trois hommes, remplac\u00e9s par la suite par des militaires rappel\u00e9s, souvent \u00e2g\u00e9s et trop peu nombreux<sup>1<\/sup>.<\/p>\n<p>Si le d\u00e9cret du 20 mai 1903 pr\u00e9voyait que les gendarmes puissent former en cas de guerre, des unit\u00e9s combattantes, comme ils l\u2019avaient fait au XIXe si\u00e8cle, il n\u2019est finalement pas fait recours \u00e0 cette disposition en 1914. Accusant d\u00e8s le temps de paix un r\u00e9el sous-effectif, l\u2019Arme, aux yeux des pouvoirs publics, ne pouvait courir le risque d\u2019\u00eatre davantage d\u00e9garnie.<\/p>\n<p>Pour pouvoir combattre, de nombreux gendarmes r\u00e9clam\u00e8rent alors leur reversement dans les troupes de ligne. Entre le 26 septembre 1914 et la fin 1918, quarante-six officiers et 804 hommes obtinrent d\u2019\u00eatre d\u00e9tach\u00e9s dans des formations combattantes. Selon les chiffres officiels, 258 mourront sous d\u2019autres uniformes que ceux de la gendarmerie<sup>2<\/sup>\u00a0.<\/p>\n<div class=\"ez-embed-type-image center col-md-10 col-md-offset-1 col-xs-12\">\n<figure class=\" gc_large card-1\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.gendcom.gendarmerie.interieur.gouv.fr\/pub_storage\/images\/_aliases\/gc_large\/0\/9\/2\/0\/210290-1-fre-FR\/1.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" height=\"441\" \/><figcaption><span class=\"legend\">Pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 de la 56\u00e8me division d\u2019infanterie (1914) &#8211; \u00a9 Collection Mus\u00e9e de la gendarmerie nationale<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p>L\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge conduit les brigades \u00e0 approfondir certaines de leurs attributions du temps de paix. Elles d\u00e9velopp\u00e8rent la pratique du renseignement sur l\u2019opinion publique et le moral des populations, mais aussi des enqu\u00eates \u00e0 caract\u00e8re \u00e9conomique, afin de pr\u00e9venir les p\u00e9nuries et de lutter contre le march\u00e9 noir. Elles firent aussi face \u00e0 une recrudescence du braconnage, la chasse \u00e9tant interdite jusqu\u2019\u00e0 la fin 1916.<\/p>\n<p>D\u2019autres missions sp\u00e9cifiques \u00e0 la guerre furent organis\u00e9es ex nihilo, comme la surveillance ext\u00e9rieure des camps de prisonniers, la protection des fronti\u00e8res et surtout la traque des d\u00e9serteurs, estim\u00e9s \u00e0 plus de 80 000 au fil du conflit et parfois organis\u00e9s en maquis.<\/p>\n<p>Alors que plusieurs gendarmes furent agress\u00e9s par des soldats tentant de passer les Pyr\u00e9n\u00e9es ou les Alpes, d\u2019autres essuy\u00e8rent le feu de d\u00e9serteurs regroup\u00e9s et arm\u00e9s, surtout en Corse, en r\u00e9gion parisienne et dans le Massif central o\u00f9 la gendarmerie se heurta \u00e9galement \u00e0 la complicit\u00e9 des populations.<\/p>\n<p>En 1920, la gendarmerie publia le chiffre de 66 678 arrestations de d\u00e9serteurs \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur entre 1914 et 1918. Certes, elle ne put totalement arr\u00eater le flot. Tout juste l&rsquo;endigua-t-elle. Mais, quelle que fut la faiblesse de ses moyens, la peur du gendarme fonctionna.<\/p>\n<p>Pour autant, dans une soci\u00e9t\u00e9 rurale en qu\u00eate de s\u00e9curit\u00e9 et de protection, la gendarmerie en tant qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0arm\u00e9e de l\u2019int\u00e9rieur\u00a0\u00bb b\u00e9n\u00e9ficia d\u2019une image globalement positive aupr\u00e8s des civils. Une perception bien \u00e9loign\u00e9e de ce que v\u00e9curent les soldats partis au front. Et pour cause, la mission principale des gendarmes pr\u00e9v\u00f4taux de la Grande Guerre fut, comme le rappelle l\u2019ordre c\u00e9l\u00e8bre du g\u00e9n\u00e9ral Eydoux, de \u00ab\u00a0maintenir les hommes sur la ligne de feu et forcer, au besoin leur ob\u00e9issance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 la fin du conflit, plus de 17 000\u00a0gendarmes firent partie, par rel\u00e8ves successives, des formations pr\u00e9v\u00f4tales, avec un nombre maximal de 6 000\u00a0pr\u00e9v\u00f4ts pr\u00e9sents au front. Ce service pr\u00e9v\u00f4tal rev\u00eatit des aspects traditionnels tels que la police des cantonnements, la r\u00e9pression du pillage, de l\u2019espionnage, la protection et l\u2019\u00e9vacuation des bless\u00e9s.<\/p>\n<div class=\"ez-embed-type-image center col-md-10 col-md-offset-1 col-xs-12\">\n<figure class=\" gc_large card-1\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.gendcom.gendarmerie.interieur.gouv.fr\/pub_storage\/images\/_aliases\/gc_large\/4\/9\/2\/0\/210294-1-fre-FR\/2.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" height=\"357\" \/><figcaption><span class=\"legend\">Gendarmes de la section de Longwy captur\u00e9s durant leur transfert en Allemagne (1914) &#8211; \u00a9 Collection priv\u00e9e<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p>Mais ces pr\u00e9v\u00f4ts furent aussi charg\u00e9s d\u2019appliquer des r\u00e8glements impopulaires aux soldats\u00a0: surveillance des d\u00e9bits de boisson, garde des prisons pr\u00e9v\u00f4tales, instructions pr\u00e8s des tribunaux militaires. Investis de missions ingrates, les gendarmes pr\u00e9v\u00f4taux devinrent alors rapidement des boucs \u00e9missaires, les fameux \u00ab\u00a0cognards\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0cognes\u00a0\u00bb, litt\u00e9ralement ceux qui frappent et mettent dans le \u00ab\u00a0coin\u00a0\u00bb, bref, qui interpellent et jettent en prison. Pour la majorit\u00e9 des poilus, les gendarmes furent des embusqu\u00e9s qui ne partag\u00e8rent pas leur sort et qui profit\u00e8rent de la situation. Ainsi naquit la l\u00e9gende noire de la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019image de la gendarmerie s\u2019en trouva durablement fl\u00e9trie bien au-del\u00e0 de l\u2019Armistice, au point que sa \u00ab militarit\u00e9 \u00bb fut progressivement remise en cause. La bataille que livra l\u2019Arme, aux arm\u00e9es et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, se doubla d\u00e8s lors d\u2019une lutte pour son honneur vis-\u00e0-vis de l\u2019opinion publique, puis de la post\u00e9rit\u00e9<sup>3<\/sup>.Dans les ann\u00e9es 1930, on refusa encore d\u2019attribuer la carte du combattant aux pr\u00e9v\u00f4taux de Grande Guerre.<\/p>\n<p>Par-del\u00e0 les critiques, il convient de rappeler que la gendarmerie n\u2019avait pas d\u00e9m\u00e9rit\u00e9 puisqu\u2019elle compta deux g\u00e9n\u00e9raux, 43 officiers et 834 gendarmes tu\u00e9s ou morts au front, 2 300 bless\u00e9s et 4 800 citations<sup>4<\/sup>. Pour autant, le d\u00e9bat autour des pr\u00e9v\u00f4t\u00e9s ne s\u2019apaisa que dans les ann\u00e9es 1950, lorsque les l\u00e9gions de marche d\u2019Indochine offrirent \u00e0 la gendarmerie l\u2019occasion de participer pleinement aux combats, mais aussi parce que la g\u00e9n\u00e9ration des pr\u00e9v\u00f4ts de la Grande guerre avait largement disparu.<\/p>\n<p><sub><sup>1<\/sup>Jean-No\u00ebl L<\/sub><sub>UC, Histoire des gendarmes de la Mar\u00e9chauss<\/sub><sub>\u00e9e \u00e0 nos jours, Paris, Nouveau Monde \u00e9ditions, 2016, pp. 94-95.<\/sub><\/p>\n<p><sub><sup>2<\/sup>Ibid., pp. 96-97.<\/sub><\/p>\n<p><sub><sup>3<\/sup>Louis PANEL, \u00ab\u00a0Cognes, hommes noirs et grenades blanches\u00a0: les enjeux de la repr\u00e9sentation des gendarmes de la Grande Guerre\u00a0\u00bb,\u00a0Soci\u00e9t\u00e9s &amp; Repr\u00e9sentations, vol. 16, no. 2, 2003, p. 167.<\/sub><\/p>\n<p><sub><sup>4<\/sup>Yann GALERA. \u00ab\u00a0Les pr\u00e9v\u00f4t\u00e9s vues par les Poilus\u00a0\u00bb,\u00a0Guerres mondiales et conflits contemporains, vol. 210, n\u00b0 2, 2003, p. 111.<\/sub><\/p>\n<p>Source: GENDCOM \/ Cr\u00e9dit photo: \u00a9 D.R.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019exp\u00e9rience de la Premi\u00e8re Guerre mondiale reste un souvenir douloureux dans l\u2019histoire de la gendarmerie. 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