{"id":5786,"date":"2022-04-05T16:02:53","date_gmt":"2022-04-05T16:02:53","guid":{"rendered":"https:\/\/avenir-gendarmerie.org\/?p=5786"},"modified":"2022-04-05T16:02:53","modified_gmt":"2022-04-05T16:02:53","slug":"secours-a-haut-risque-pour-les-gendarmes-du-pghm-de-chamonix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avenir-gendarmerie.org\/index.php\/2022\/04\/05\/secours-a-haut-risque-pour-les-gendarmes-du-pghm-de-chamonix\/","title":{"rendered":"Secours \u00e0 haut risque pour les gendarmes du PGHM de Chamonix"},"content":{"rendered":"<div class=\"description--full\">\n<div class=\"ezrichtext-field\">\n<p>Quatre heures apr\u00e8s sa chute au fond d\u2019une crevasse, sur le massif du Mont-Blanc, un skieur suisse a pu \u00eatre secouru par les gendarmes du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix, au prix d\u2019une importante prise de risques. R\u00e9cit.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"body--full\">\n<div class=\"ezrichtext-field\">\n<p>Lundi 28\u00a0mars, 15 h 30. La salle de r\u00e9gulation \u00ab Cordiale \u00bb du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix re\u00e7oit un appel. Un skieur randonneur signale la chute de son compagnon de cord\u00e9e, sur le glacier de la Jonction. Les deux hommes, non encord\u00e9s, redescendaient de leur ascension du Mont-Blanc par l\u2019itin\u00e9raire des \u00ab\u00a0Grands Mulets\u00a0\u00bb, un v\u00e9ritable d\u00e9dale de crevasses dans lequel le cheminement est difficile. La saison traditionnelle pour r\u00e9aliser cette course s\u2019\u00e9tend g\u00e9n\u00e9ralement de mars \u00e0 mai, mais cette ann\u00e9e, les conditions sont mauvaises\u00a0: manque de neige, crevasses tr\u00e8s ouvertes, ponts de neige fragiles\u2026 C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019un de ces ponts de neige, enjambant une crevasse, qui a c\u00e9d\u00e9 sous le poids de l\u2019alpiniste.<\/p>\n<p>Les premiers \u00e0 marcher du PGHM arrivent sur place \u00e0 15 h 45, h\u00e9liport\u00e9s par le Choucas\u00a074 de la Section a\u00e9rienne de gendarmerie (SAG) de Chamonix. L\u2019adjudant Denis est le chef de caravane. Il est accompagn\u00e9 du mar\u00e9chal des logis-chef (MDC) Axel et du m\u00e9decin des h\u00f4pitaux du Mont-Blanc de permanence. \u00ab<em>\u00a0Nous avons pu localiser la victime \u00e0 la voix, au fond d\u2019une crevasse entour\u00e9e d\u2019un chaos de s\u00e9racs (blocs de glace de grande taille form\u00e9s par la fracturation d&rsquo;un glacier, NDLR) et de blocs de granit, en \u00e9quilibre tr\u00e8s pr\u00e9caire,<\/em>\u00a0relate Denis.\u00a0<em>L\u2019homme criait, mais n\u2019\u00e9tait pas visible.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019amas de glace et de roche se trouve alors en plein soleil\u00a0; il craque de partout et de petits fragments se d\u00e9tachent r\u00e9guli\u00e8rement, mena\u00e7ant directement les gendarmes. \u00ab<em>\u00a0Il \u00e9tait \u00e9vident que le gendarme secouriste au fond du trou serait en danger de mort permanent,<\/em>\u00a0poursuit le chef de caravane.\u00a0<em>Mais en entendant la victime crier ainsi, j\u2019ai pris la responsabilit\u00e9 de poursuivre l\u2019op\u00e9ration. Pour une personne d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, nous n\u2019aurions jamais pris ce risque, mais l\u00e0, c\u2019\u00e9tait impossible de le laisser<\/em>. \u00bb<\/p>\n<h2>Bouger les blocs un par un<\/h2>\n<p>Comme souvent dans ces secours, chaque minute compte. Malgr\u00e9 le risque tr\u00e8s important, Axel descend donc en rappel au fond de la crevasse, assur\u00e9 par son chef de caravane, pour tenter d\u2019apercevoir le skieur enseveli. Cela s\u2019av\u00e8re impossible. Denis sollicite alors le renfort de deux autres \u00e9quipes avec des moyens de d\u00e9blaiement lourds. L\u2019adjudant-chef Fr\u00e9d\u00e9ric, le MDC Fran\u00e7ois, le major Matthieu et le gendarme Fran\u00e7ois se projettent rapidement sur le lieu de l\u2019accident.<\/p>\n<p>La probl\u00e9matique consiste \u00e0 bouger les blocs rocheux, un par un, pour acc\u00e9der \u00e0 la victime, sans toutefois que ce d\u00e9placement ne provoque son \u00e9crasement d\u00e9finitif. Chacun per\u00e7oit alors pleinement le p\u00e9ril mortel auquel il s\u2019expose, au vu de l\u2019importance du risque d\u2019\u00e9boulement total de la tour de glace qui les surplombe. Mais l\u2019\u00e9quipe d\u00e9cide de poursuivre cette intervention hors du commun.<\/p>\n<p>Le chantier s\u2019organise au mieux. Lignes de vie, relais, treuil et amarrages sont mis en place sur zone, pour, d\u2019une part, pouvoir travailler dans une relative s\u00e9curit\u00e9, et d\u2019autre part, harnacher chaque bloc rocheux afin de les d\u00e9placer. \u00ab<em>\u00a0Nous avons eu besoin de beaucoup de mat\u00e9riel, parce qu\u2019on en abandonnait au fur et \u00e0 mesure au fond du trou\u00a0<\/em>\u00bb, ajoute Denis.<\/p>\n<p>Afin de minimiser les risques, la d\u00e9cision est prise de limiter le nombre de personnels \u00e0 deux gendarmes dans la crevasse. Un premier bloc rocheux d\u2019un m\u00e8tre cube est d\u00e9plac\u00e9. La victime, toujours invisible, continue de parler aux gendarmes secouristes. L\u2019homme est conscient et orient\u00e9, mais ne parle que le suisse allemand, ce qui ne rend pas la communication ais\u00e9e. Ces \u00e9changes renforcent la volont\u00e9 des gendarmes d\u2019acc\u00e9der au plus vite au skieur en d\u00e9tresse. Le d\u00e9gagement d\u2019un deuxi\u00e8me bloc leur permet de voir enfin la t\u00eate et les \u00e9paules de la victime.<\/p>\n<h2>Stabilisation m\u00e9dicale avant \u00e9vacuation par h\u00e9licopt\u00e8re<\/h2>\n<p>\u00c0 18 h 40, un dernier bloc est retir\u00e9. Un premier bilan permet de constater des l\u00e9sions importantes au niveau du bras gauche, compl\u00e8tement \u00e9cras\u00e9, une hypothermie d\u00e9j\u00e0 s\u00e9v\u00e8re et des traumatismes l\u00e9gers multiples. Le risque principal dans ces cas peut survenir en sollicitant trop vite la victime\u00a0: le sang trop froid circulant de nouveau peut provoquer un arr\u00eat cardiaque brutal.<\/p>\n<p>Les gendarmes r\u00e9alisent plusieurs gestes de secourisme permettant l\u2019immobilisation partielle de la victime avant son extraction de la crevasse. \u00ab\u00a0<em>Nous avons fondu en larmes quand il est sorti,<\/em>\u00a0souffle Denis.\u00a0<em>Nous avons craqu\u00e9 nerveusement apr\u00e8s un stress de tous les instants.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La mission n\u2019est cependant pas termin\u00e9e. Son \u00e9tat n\u00e9cessite une stabilisation avant son transport. Le m\u00e9decin, aid\u00e9 par les gendarmes, enraye une h\u00e9morragie externe et administre des antalgiques. Certaines \u00ab pauses respiratoires \u00bb rendent l\u2019\u00e9tat de la victime de plus en plus inqui\u00e9tant. \u00c0 19\u00a0h\u00a030, cette derni\u00e8re est finalement \u00e9vacu\u00e9e par Choucas\u00a074 en direction de l\u2019h\u00f4pital d\u2019Annecy.<\/p>\n<p>Le lendemain, les nouvelles sont rassurantes. L&rsquo;homme a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9 du bras\u00a0: trois fractures \u00e0 l\u2019hum\u00e9rus ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nombr\u00e9es. Arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital en \u00e9tat d\u2019hypothermie s\u00e9v\u00e8re (26\u00a0\u00b0C), son r\u00e9chauffement s\u2019est bien pass\u00e9 et, a priori, aucune s\u00e9quelle neurologique n\u2019est d\u00e9cel\u00e9e, la victime se souvenant de tous les \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<blockquote><p>Une haute vision de leur m\u00e9tier<\/p><\/blockquote>\n<p>Lors de ce secours, les gendarmes du PGHM de Chamonix ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s clairement expos\u00e9s \u00e0 un danger mortel de sur-accident. Outre les six militaires pr\u00e9sents sur le glacier, six autres \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 partir pour faire face \u00e0 ce risque. Enfin, trois gendarmes, dont l\u2019officier commandant les op\u00e9rations, le chef d\u2019escadron Andr\u00e9-Vianney, suivaient l\u2019op\u00e9ration, minute par minute, en salle de r\u00e9gulation. \u00ab\u00a0<em>J&rsquo;aurais parfaitement compris qu&rsquo;ils reculent face une telle situation,<\/em>\u00a0reconna\u00eet ce dernier.\u00a0<em>Et j&rsquo;aurais d\u00e9fendu co\u00fbte que co\u00fbte leur d\u00e9cision. Mais je suis extr\u00eamement fier qu&rsquo;ils soient all\u00e9s au bout de cette op\u00e9ration exceptionnelle. Je leur tire mon chapeau, et je tiens \u00e0 souligner leur courage et la haute vision qu\u2019ils ont de leur m\u00e9tier.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>C\u2019est la mission la plus p\u00e9rilleuse que j\u2019ai eu \u00e0 diriger,<\/em>\u00a0estime Denis.\u00a0<em>C\u2019\u00e9tait un engagement permanent pendant pr\u00e8s de quatre heures. Entre nous, on se pose encore la question de savoir si nous avons eu raison, mais au vu du r\u00e9sultat, on ne peut rien regretter. Nous avons rencontr\u00e9 l\u2019\u00e9pouse de la victime et son compagnon de cord\u00e9e. C\u2019\u00e9tait un bel \u00e9change, tr\u00e8s \u00e9mouvant.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>De la salle de r\u00e9gulation au fond de la crevasse, tous ont v\u00e9cu des heures longues et \u00e9prouvantes, sous haute tension, o\u00f9 la confiance que chacun place en l\u2019autre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante. C\u2019est au prix de cette mise en danger et de cet altruisme qu\u2019ils ont pu, ensemble, sauver la vie d\u2019un homme.<\/p>\n<p>Source: gendinfo.fr<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quatre heures apr\u00e8s sa chute au fond d\u2019une crevasse, sur le massif du Mont-Blanc, un skieur suisse a pu \u00eatre secouru par les gendarmes du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix, au prix d\u2019une importante prise de risques. R\u00e9cit. Lundi 28\u00a0mars, 15 h 30. 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