{"id":7847,"date":"2023-12-21T14:42:36","date_gmt":"2023-12-21T14:42:36","guid":{"rendered":"https:\/\/avenir-gendarmerie.org\/?p=7847"},"modified":"2023-12-21T14:42:36","modified_gmt":"2023-12-21T14:42:36","slug":"portraitiste-robot-une-technicite-au-service-de-lenquete-judiciaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avenir-gendarmerie.org\/index.php\/2023\/12\/21\/portraitiste-robot-une-technicite-au-service-de-lenquete-judiciaire\/","title":{"rendered":"Portraitiste robot, une technicit\u00e9 au service de l\u2019enqu\u00eate judiciaire"},"content":{"rendered":"<div class=\"fr-text--lead ezrichtext-field\">\n<p>Dans certaines enqu\u00eates judiciaires, les gendarmes ont recours au portrait-robot informatis\u00e9 afin d\u2019orienter les investigations. Si la technique utilis\u00e9e a consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, l\u2019humain demeure au centre du proc\u00e9d\u00e9. Rencontre avec trois portraitistes de la Section d\u2019appui judiciaire (SAJ) de la r\u00e9gion de gendarmerie d\u2019\u00cele-de-France.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"ezrichtext-field\">\n<p>Alors que le travail des enqu\u00eateurs judiciaires consiste \u00e0 recueillir des \u00e9l\u00e9ments de preuve techniques et scientifiques, permettant d\u2019\u00e9tablir la mat\u00e9rialit\u00e9 des faits, enjeu fondamental en droit p\u00e9nal, un outil d\u2019enqu\u00eate occupe une place \u00e0 part. Le portrait-robot, reconstitution du visage d\u2019un individu recherch\u00e9, est \u00e9labor\u00e9 \u00e0 partir des d\u00e9clarations des victimes ou des t\u00e9moins. Exploit\u00e9e par les enqu\u00eateurs fran\u00e7ais depuis les ann\u00e9es cinquante, la technique n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00e9voluer. Autrefois dessin\u00e9 au fusain, le portrait-robot s\u2019est ensuite transform\u00e9 au gr\u00e9 des \u00e9volutions technologiques. Aujourd\u2019hui r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 l\u2019aide d\u2019un logiciel ultra-performant, pourvu de fonctionnalit\u00e9s multiples, il est \u00e0 la fois plus r\u00e9aliste et plus pr\u00e9cis.<br \/>\nAu sein de la Section d\u2019appui judiciaire (SAJ) de la R\u00e9gion de gendarmerie d\u2019\u00cele-de-France, situ\u00e9e \u00e0 Maisons-Alfort, dans le Val-de-Marne (94), trois gendarmes poss\u00e8dent la qualification requise, obtenue \u00e0 l\u2019issue d\u2019une formation d\u00e9livr\u00e9e par le Centre national de formation \u00e0 la police judiciaire (CNFPJ). C\u2019est pour eux une comp\u00e9tence suppl\u00e9mentaire, venue compl\u00e9ter leur champ missionnel.<br \/>\nCr\u00e9\u00e9es en 2010 pour r\u00e9pondre au d\u00e9veloppement constant des sciences et des techniques impactant la police judiciaire, les SAJ regroupent des moyens et des personnels sp\u00e9cialis\u00e9s. Elles interviennent au profit des unit\u00e9s de recherches de la r\u00e9gion pour un appui technique, mais \u00e9galement aupr\u00e8s des enqu\u00eateurs d\u2019autres r\u00e9gions ou d\u2019offices centraux pour leur porter assistance, au titre de l\u2019article 18 du Code de proc\u00e9dure p\u00e9nale. La gendarmerie nationale compte 28 SAJ r\u00e9parties sur le territoire national, dont vingt-et-une en m\u00e9tropole et sept en outre-mer.<\/p>\n<h2>Portraitiste robot, une fonction m\u00e9connue et exigeante<\/h2>\n<p>L\u2019adjudante Lynda S., Technicienne en identification criminelle (TIC) \u00e0 la SAJ d\u2019\u00cele-de-France, affect\u00e9e \u00e0 la Cellule d\u2019identification criminelle (CIC), a les yeux riv\u00e9s sur l\u2019\u00e9cran de son ordinateur. E-FIT6, le logiciel de r\u00e9f\u00e9rence utilis\u00e9 par les gendarmes pour la r\u00e9alisation des portraits-robots, lui propose un large \u00e9ventail de caract\u00e9ristiques physiques. Apr\u00e8s avoir s\u00e9lectionn\u00e9 un \u00e0 un les \u00e9l\u00e9ments anthropom\u00e9triques se rapportant au suspect, d\u2019apr\u00e8s les indications fournies par le t\u00e9moin ou la victime, elle obtiendra un portrait-robot. Fille de gendarme, native de la Seine-Saint-Denis, elle est entr\u00e9e en gendarmerie avec un objectif en t\u00eate\u00a0: devenir technicienne en identification criminelle. Indispensable au bon d\u00e9roulement de l\u2019enqu\u00eate judiciaire, cet expert tient un r\u00f4le central. \u00ab\u00a0<em>Nous intervenons aux diff\u00e9rentes \u00e9tapes de l\u2019enqu\u00eate, du terrain \u00e0 la synth\u00e8se criminalistique, en passant par le laboratoire ou la r\u00e9daction de rapports. C\u2019est un m\u00e9tier de l\u2019ombre, malgr\u00e9 sa dimension strat\u00e9gique\u00a0<\/em>\u00bb, explique-t-elle. En septembre\u00a02019, elle devient portraitiste, ajoutant ainsi une corde \u00e0 son arc. Elle anime \u00e9galement les formations d\u00e9di\u00e9es aux apprentis portraitistes au CNFPJ jusqu\u2019en ao\u00fbt\u00a02023, date \u00e0 laquelle elle prend ses fonctions \u00e0 la SAJ.<br \/>\nAu sein de la SAJ d\u2019\u00cele-de-France, deux autres portraitistes \u0153uvrent aux c\u00f4t\u00e9s de Lynda. L\u2019adjudant-chef St\u00e9phane T., lui aussi technicien en identification criminelle au sein de la CIC, et le mar\u00e9chal des logis-chef (MDC) Bertrand D.-G., analyste judiciaire, affect\u00e9 \u00e0 la division du renseignement criminel.<br \/>\nPour la r\u00e9alisation d\u2019un portrait-robot, les trois militaires s\u2019appuient sur un protocole \u00e9tabli. Dans un premier temps, le portraitiste organise un entretien t\u00e9l\u00e9phonique pr\u00e9liminaire avec la victime ou le t\u00e9moin. L\u2019objectif est de recueillir des informations g\u00e9n\u00e9rales, notamment sur la physionomie du suspect, et de valider la pertinence de la d\u00e9marche. L\u2019apport d\u2019un portrait-robot est en effet fonction de l\u2019affaire et des \u00e9l\u00e9ments dont les enqu\u00eateurs disposent par ailleurs.<br \/>\nVient ensuite la rencontre entre le portraitiste et la victime ou le t\u00e9moin. \u00ab\u00a0<em>La temporalit\u00e9 est primordiale. Il convient de rencontrer la personne sans d\u00e9lai afin d\u2019\u00e9viter ou de limiter toute alt\u00e9ration du souvenir. L\u2019id\u00e9al pour nous est d\u2019intervenir avant que les autres protagonistes (m\u00e9decin, psychologue\u2026) n\u2019entrent en sc\u00e8ne, pour \u00eatre les premiers \u00e0 recueillir la description du suspect. C\u2019est l\u00e0 une difficult\u00e9 majeure. A contrario, un entretien ne doit pas intervenir imm\u00e9diatement apr\u00e8s les faits, le choc et l\u2019\u00e9motion pouvant faire obstacle \u00e0 la m\u00e9moire de la victime<\/em>\u00a0\u00bb, souligne l\u2019adjudante Lynda S. Par souci de neutralit\u00e9 et afin de ne pas ajouter de solennit\u00e9 \u00e0 ce moment d\u00e9licat, les gendarmes de la CIC privil\u00e9gient le port de la tenue civile. Face \u00e0 eux, le t\u00e9moin ou la victime entame la description de l\u2019aspect g\u00e9n\u00e9ral du suspect. Si la personne recherch\u00e9e ressemble \u00e0 une personne connue, les gendarmes s\u2019appuieront sur le visage de l\u2019individu ressemblant, avant d\u2019affiner le portrait du suspect au fil des d\u00e9clarations. Les questions se font ensuite plus pr\u00e9cises. S\u2019engage alors un important travail de m\u00e9moire, parfois \u00e9prouvant pour celui ou celle qui raconte. Forme du visage, coupe et couleur de cheveux, forme et couleur des yeux, du nez, de la bouche, \u00e2ge, corpulence, groupe ethnique\u2026 ces caract\u00e9ristiques sont \u00e9tablies tour \u00e0 tour. La difficult\u00e9 consiste \u00e0 d\u00e9crire chacun des \u00e9l\u00e9ments d\u2019un visage, souvent consid\u00e9r\u00e9 dans sa globalit\u00e9. Dans les affaires d\u2019agression ou de viol, l\u2019\u00e9motion est souvent vive. Dans ces moments-l\u00e0, le rapport de confiance \u00e9tabli entre le portraitiste et la victime se r\u00e9v\u00e8le essentiel. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est ici que r\u00e9side la difficult\u00e9 de l\u2019exercice<\/em>, note l\u2019adjudante Lynda S.<em>\u00a0La technique de questionnement, ainsi que l\u2019attitude du portraitiste, tiennent alors une place essentielle.\u00a0<\/em>\u00bb \u00ab\u00a0L\u2019abord est encore diff\u00e9rent lorsque nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019un enfant, compl\u00e8te le MDC Bertrand D.-G. Il nous faut alors adapter la m\u00e9thode d\u2019audition. Le niveau de vocabulaire, plus limit\u00e9 que celui d\u2019un adulte, complexifie l\u2019entretien. Il nous arrive parfois de recourir \u00e0 un psychologue afin d\u2019aider l\u2019enfant.\u00a0\u00bb<br \/>\nTout au long de l\u2019\u00e9change, les portraitistes \u00e9viteront les questions dirig\u00e9es pour ne pas influencer les r\u00e9ponses. \u00ab\u00a0<em>Nous privil\u00e9gions les questions ouvertes pour ne pas enfermer la personne dans un choix restreint. Nous envisageons des hypoth\u00e8ses multiples et contradictoires, n\u2019\u00e9mettons aucun jugement, et veillons \u00e0 ne pas communiquer nos attentes \u00e0 notre interlocuteur<\/em>\u00a0\u00bb, pr\u00e9cisent d\u2019une seule voix les trois portraitistes.<br \/>\nDans un second temps, les questions peuvent se faire plus directives lorsque la victime ou le t\u00e9moin peine \u00e0 se souvenir, et qu\u2019il manque des d\u00e9tails importants.<br \/>\n\u00ab\u00a0<em>Notre posture est fondamentale. L\u2019\u00e9coute est la qualit\u00e9 premi\u00e8re. Nous devons \u00e9galement rester neutres en toutes circonstances. Et d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, faire preuve d\u2019une intelligence situationnelle. Sentir les choses et op\u00e9rer les r\u00e9ajustements n\u00e9cessaires, selon l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit et l\u2019attitude de la victime ou du t\u00e9moin<\/em>\u00a0\u00bb, observe l\u2019adjudant-chef St\u00e9phane T. L\u2019objectif est aussi de rendre le t\u00e9moin pleinement acteur de ce moment et recueillir un maximum de d\u00e9tails. Pour ce faire, les gendarmes invitent la personne \u00e0 se replonger mentalement dans les circonstances de l\u2019\u00e9v\u00e9nement afin de r\u00e9cup\u00e9rer les indices contextuels du souvenir. C\u2019est le principe m\u00eame de l\u2019entretien cognitif.<br \/>\nUne fois les particularit\u00e9s faciales de l\u2019individu renseign\u00e9es, le logiciel fusionne les diff\u00e9rents crit\u00e8res. C\u2019est alors que plusieurs visages apparaissent \u00e0 l\u2019\u00e9cran, ressemblant \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre \u00e0 une photographie. Le visage obtenu est ensuite retravaill\u00e9 d\u2019apr\u00e8s les d\u00e9clarations de la victime ou du t\u00e9moin. Des d\u00e9tails compl\u00e9mentaires (cicatrice, tatouage, grain de beaut\u00e9\u2026), ajout\u00e9s \u00e0 l\u2019aide d\u2019un second logiciel, peuvent permettre de gagner en pr\u00e9cision. Lorsque le travail de reconstitution est achev\u00e9, la personne attribue une note au portrait, sur une \u00e9chelle de z\u00e9ro \u00e0 dix. Si la note est inf\u00e9rieure \u00e0 six, le portrait-robot n\u2019est pas retenu. Entre six et dix, il est approuv\u00e9. Il est alors transmis au directeur d\u2019enqu\u00eate, accompagn\u00e9 d\u2019un proc\u00e8s-verbal, en vue d\u2019une \u00e9ventuelle diffusion, le plus souvent dans toutes les brigades ou les commissariats du d\u00e9partement, de la r\u00e9gion, ou m\u00eame du pays.<\/p>\n<p>Source: <a href=\"https:\/\/www.gendarmerie.interieur.gouv.fr\/gendinfo\/sur-le-terrain\/immersion\/2023\/portraitiste-robot-une-technicite-au-service-de-l-enquete-judiciaire\">gendinfo.fr<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans certaines enqu\u00eates judiciaires, les gendarmes ont recours au portrait-robot informatis\u00e9 afin d\u2019orienter les investigations. Si la technique utilis\u00e9e a consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, l\u2019humain demeure au centre du proc\u00e9d\u00e9. Rencontre avec trois portraitistes de la Section d\u2019appui judiciaire (SAJ) de la r\u00e9gion de gendarmerie d\u2019\u00cele-de-France. 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