Le mot du Président

Devoirs de l’État – Avenir et Gendarmerie n°131 – Juin 2019

L’État évoque ce qui dure, ce qui demeure, ce qui est stable et encore la majesté d’ un certain caractère sacré, l’unité, la continuité, la justice, la force, etc. Il faut bien se rendre compte de ce que doit être notre Nation et certains pensent malheureusement que l’État est plus préoccupé par sa propagation de son idéologie dominante que de l’harmonie et de la sécurité de notre pays. C’est dans ce contexte que la crise des Gilets jaunes persiste depuis plusieurs mois. L’État a le devoir d’entretenir en permanence une armée prête aux conflits. Il a le devoir de clarifier la mission de l’armée qui est avant tout au service de la Nation et non pas d’un éphémère pouvoir politique. Il doit tenir compte de l’avis du chef d’état-major des armées qui ne doit pas être sanctionné même s’il dit la vérité. Retenons les propos du maréchal Joffre qui sont d’une étonnante actualité : « On n’a pas d’armée au rabais. Une armée ne s’improvise pas. Elle s’organise au prix d’efforts quotidiens d’activité, d’endurance, de discipline, d’industrie et de science. Les armées improvisées au moment du péril peuvent trouver rapidement de bons soldats et de bons cadres subalternes parce qu’à cet échelon la bravoure et l’esprit de sacrifice suppléent au défaut de préparation militaire mais ces armées demeurent longtemps sans force véritable parce qu’il leur est impossible de former en quelques semaines des chefs et des états-majors ». Il n’y a pas d’harmonie intérieure sans la police, la gendarmerie et la justice. L’ordre est un gage de sécurité pour nos compatriotes. Cet ordre ne s’obtient pas par la force armée mais par toutes les personnes qui tendent à policer la société que l’on pourrait appeler policiers naturels. Dans les familles, les parents sont des policiers par leur autorité. La même chose se retrouve à l’intérieur de certains métiers, ordres et communautés, etc. Ce ne sont pas des policiers en uniforme mais tous ceux qui tendent à faire régner l’ordre à l’intérieur de notre société. Pour bien comprendre cette notion de police, il faut donc admettre cette liaison de la sécurité avec l’ordre. C’est important aujourd’hui où un bon nombre de nos concitoyens sont pour la sécurité mais ont peur de la notion même d’ordre. Le désordre est donc toujours une source d’insécurité. Il n’y a pas d’ordre véritable sans la force. Cette force est un ordre vivant et réalisé. La violence résulte d’un désordre, d’une faiblesse. Cette violence va naturellement nous amener à la police et à la gendarmerie dans le sens de ce que nous vivons actuellement. Cette violence cause le désordre et est inutile. Elle crée un climat de haine et de division. La méditation sur la vie politique et sur l’histoire nous prouve qu’il est très difficile quand le désordre a été créé, de revenir à l’ordre sans violence. Cependant, il est évident qu’il faut limiter la violence dans la mesure du possible. Il faut distinguer la justice civile et la justice pénale. Nos concitoyens ont besoin d’une justice civile qui soit relativement rapide (est-ce le cas actuellement ?), compétente, remplie par des hommes libres selon la fameuse formule : « être jugés par ses pairs, par ses égaux, par des gens qui connaissent la situation personnelle ». Cette justice doit être impartiale. Le juge ne doit pencher ni pour une partie ni pour une autre. C’est la raison d’être de son indépendance. En matière civile, il est donc impératif qu’il soit indépendant de toute partie et donc des pressions politiques mais aussi des pressions idéologiques. La question des syndicats dans l’œuvre de la justice est un problème très grave. L’idéologie peut parfois pénétrer l’esprit du juge à tel point qu’il risque de ne plus être indépendant pour juger. Une formation est donc indispensable aux magistrats pour qu’ils conservent leur indépendance. En ce qui concerne la justice pénale, c’est la répression des infractions. N’ayons pas peur d’employer ce mot « répression ». Sur le plan pénal, une justice qui n’est pas répressive n’est pas une justice ! Les magistrats de l’ordre pénal (juge correctionnel ou le juge d’assises) ne sont pas faits pour comprendre et aider « les pauvres délinquants » mais pour réprimer l’infraction. C’est le rôle de l’avocat de plaider la miséricorde pour essayer d’atténuer la sanction. On ne comprendrait pas qu’un juge soit tellement touché par la plaidoirie qu’il relâcherait tout de suite le voleur ! Nous devons être fermes et rendre à chacun ce qui lui est dû. C’est rendre au coupable dont on a prouvé la culpabilité le châtiment qu’il mérite. C’est important que cette justice pénale soit aussi suffisamment rapide et efficace car elle est faite pour cela. Il ne doit pas y avoir d’obstacles à ce qu’elle soit rendue. Elle doit donc apporter la sécurité et présenter un caractère d’exemplarité. On ne peut parler de droits sans citer les devoirs. Il serait donc logique de parler de devoirs sans citer quelques devoirs de l’État qui sont essentiellement au nombre de deux : l’impôt et le service militaire. L’impôt doit être juste et mesuré ce qui est plus facile pour l’État qui doit se cantonner à ses missions régaliennes. Le service militaire obligatoire a été supprimé en 1996 par le président Jacques Chirac et remplacé par la journée d’appel à la préparation de la défense. Actuellement, le président de la République songe à un parcours citoyen qui pourrait se décliner en trois étapes du collège à la seconde. Il concernerait les jeunes de 10 à 16 ans et se déroulerait au sein des établissements scolaires. Il serait encadré par des enseignants et des volontaires du service civique et serait moins coûteux pour l’État que le service militaire. Lors de la première étape, chaque année au collège une semaine serait consacrée à la défense, à la sécurité mais aussi aux gestes qui sauvent, aux droits et devoirs ou à la mémoire. Lors de la seconde étape en classe de seconde au lycée, les élèves participeraient à une immersion pour favoriser la mixité sociale et les valeurs. Cette immersion s’apparenterait au stage qu’effectuent les élèves en classe de 3e mais serait réalisée dans une association. La dernière étape, en fin de seconde, serait la délivrance d’un passeport citoyen qui permettraient aux jeunes de poursuivre leur engagement après l’âge de 16 ans, mais aussi d’avoir un accès simplifié et moins cher au permis de conduire. Ce projet est sûrement valorisant et utile mais combien cela va coûter et comment sera-t-il financé ? Nous affirmons que le rôle de l’État est de préserver la sécurité extérieure et l’harmonie intérieure. Retenons cette citation de Paul Valéry : « Si l’État est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons ».

Jean-Claude Fontaine, Président national