Le mot du Président

Vivons-nous dans un contexte de catharsis collective ? Avenir et Gendarmerie n°127 – Février 2019

La catharsis se définit par une séparation du bon avec le mauvais. C’est un rapport à l’égard des passions, un moyen de les convertir selon la philosophie d’Aristote en rhétorique, esthétique, politique. En psychanalyse contemporaine, selon Sigmund Freud, la catharsis est tout autant une remémoration affective qu’une libération de la parole. Elle peut mener à la sublimation des pulsions. En ce sens, elle est l’une des explications données au rapport d’un public à des manifestations telles qu’on les subit actuellement. Dans notre société, les images notamment cinématographiques et télévisuelles, agissent sur nos nerfs : meurtres en série et parfois en direct, viols, violences en tous genres que subissent plusieurs personnes dont nos gendarmes et nos policiers.

C’est inadmissible dans notre pays. Le pouvoir ne doit pas s’exercer dans la rue, sinon c’est l’anarchie, système que prônent les libertaires. La colère ou l’indignation à l’égard de tout pouvoir politique ne peut s’exprimer que démocratiquement et non en détruisant ou en pillant. Les auteurs des dégradations commises à l’Arc de Triomphe et sur le mobilier urbain, lorsqu’ils sont appréhendés, doivent faire l’objet de peines de prison ferme même s’ils sont des délinquants primaires. On peut parfois excuser les quolibets hurlés par des personnes lors de manifestations mais pas la violence gratuite. Ces individus se libèrent des humiliations subies dans leur vie quotidienne auxquelles ils n’ont pu réagir par une colère silencieuse. L’expressivité de chacun, soutenue, encouragée et prise en relais par d’autres a pu assurer une catharsis réussie à travers une symbolisation sensori-affectivo-motrice et verbale soutenue par le groupe. Il est une question que nous pouvons nous poser : comment restaurer l’autorité politique dans notre pays à l’heure des Gilets Jaunes ? Ce ne sera pas facile car ces manifestations sont un signe de déclin et de déliquescence des pouvoirs publics. C’est un phénomène connu car ce processus d’effondrement de l’autorité est engagé en Occident depuis plusieurs années.

Comme le disait fort justement Jean d’Ormesson : « Les politiques causent mais les Français ne les écoutent plus ». C’est une situation grave pour la démocratie. Faut-il organiser des votations paisibles ou des troubles violents tels qu’on vient de les connaître en novembre et décembre dans la rue, mais qui sans aucun doute feraient imploser le système parlementaire. Les Français sont inquiets sur le climat social qui règne actuellement dans notre pays. Réfléchissons sur ces paroles fortes d’une étonnante actualité que prononça Alexis de Tocqueville le 27 janvier 1848 dans l’enceinte de la Chambre des Députés : « On dit qu’il n’y a point de péril, parce qu’il n’y a pas d’émeute. On dit que comme il n’y a pas de désordre matériel à la surface de la société, les révolutions sont loin de nous. Messieurs, permettez moi de vous dire que je crois que vous vous trompez. Sans doute le désordre n’est pas dans les faits, mais il est entré bien profondément dans les esprits. Regardez ce qui se passe au sein des classes ouvrières qui aujourd’hui sont tranquilles. Il est vrai qu’elles ne sont pas tourmentées par les passions politiques proprement dites, au même degré où elles ont été tourmentées jadis. Mais ne voyez-vous pas que leurs passions de politiques, sont devenues sociales ?

Ne voyez-vous pas qu’il se répand peu à peu dans leur sein des opinions, des idées, qui ne vont point seulement renverser telles lois, tel ministère, tel gouvernement, mais la société, à l’ébranler sur les bases sur lesquelles elle repose aujourd’hui ? N’écoutez vous pas ce qui se dit tous les jours dans leur sein. N’entendez-vous pas qu’on y répète sans cesse que tout ce qui se trouve au dessus d’elles est incapable et indigne de les gouverner, que la division des biens faite jusqu’à présent dans le monde est injuste, que la propriété repose sur des bases qui ne sont pas équitables ? Et ne croyez-vous pas que quand de telles opinions prennent racines, quand elles se répandent d’une manière presque générale, quand elles descendent profondément dans les masses, elles doivent amener tôt ou tard les révolutions plus redoutables, je ne sais pas quand, je ne sais comment. Telle est ma conviction profonde : je crois que nous nous endormons à l’heure qu’il est sur un volcan. J’en suis profondément convaincu ». Pour la petite histoire, moins de 5 semaines plus tard, après le discours de Alexis de Tocqueville, éclatait une nouvelle révolution. Elle contraindra Louis-Philippe à l’abdication et débouchera sur la proclamation de la IIe République.

Selon le général d’armée Richard Lizurey qui a tenu à remercier l’Entente Gendarmerie pour son soutien lors de cette crise des Gilets Jaunes, nos camarades d’active ont pu obtenir différentes mesures relatives à l’ISSP et à l’augmentation de l’AMJG, exprimant la volonté du ministre d’un traitement équilibré avec la police. Quant à nous, pour la majorité des retraités de la gendarmerie, nous n’avons pas beaucoup d’espoir pour obtenir une augmentation de nos retraites s’alignant sur le taux de l’inflation. Soyons cependant optimistes en souhaitant en ce mois de février une bonne et heureuse Saint-Valentin à nos conjointes qui le méritent car elles nous ont toujours soutenus dans les moments difficiles que nous avons rencontrés dans notre carrière.

Jean-Claude Fontaine, Président national