Le mot du Président

Cri d’alarme chez les retraités Avenir et Gendarmerie n°162 – Mai 2022

Dans son étude publiée le 16 novembre dernier, l’Institut des politiques publiques a pointé le gain pour les retraités les plus modestes, mais aussi a mis l’accent sur ceux qui ont été pénalisés. Certes les mesures prises ont directement ciblé cette population à bas revenus qui a pu bénéficier de la revalorisation de l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse) qui a augmenté de plus de 10% entre 2018 et 2020. Son montant est ainsi passé de 803,20 euros au 1er avril 2017 à 903,20 euros au 1er janvier 2020. L’ASPA constitue donc pour eux une part de leurs ressources. Au contraire de la chanson d’Édith Piaf, tout n’est pas rose actuellement dans notre pays notamment pour les retraités. Malheureusement en 2022, il y aura encore une baisse du pouvoir d’achat pour les retraités. Nous avons eu une augmentation nominale de notre pension de 1,1% au 1er janvier alors que l’inflation des 12 derniers mois s’élève à 2,8%. Même en ajoutant l’augmentation de 0,4% en 2021, le compte n’y est pas, d’autant plus que la pension complémentaire n’a progressé que de 1%.

Nous ne pouvons percevoir ces ridicules augmentations que comme une provocation, après 7 ans de gel des pensions, voire de baisse de 1,7% comme en 2018 avec un gel doublé de l’augmentation de 2,5% de la CSG. Depuis 2014, la perte du pouvoir d’achat se situe entre 10 et 12%, soit un mois de pension ! Pourtant, 31% des retraités résidant en France perçoivent une pension de droit direct inférieure ou égale à 1 000 euros brut par mois. Il n’est pas inutile de rappeler que plus d’un million de retraités survivent sous le seuil de pauvreté. Nous pouvons douter de l’affirmation du Gouvernement qui a appliqué le calcul numérique de l’augmentation de la pension, en s’appuyant sur l’inflation des deux dernières années qui ne convient pas aujourd’hui avec une inflation à 2,8%, car ce qui mine la vie quotidienne de millions de retraités, ce sont les hausses actuelles des prix, notamment ceux de l’énergie et de l’alimentation. Le pouvoir exécutif est de mauvaise foi lorsque le calcul de l’évolution de la pension est supérieur à l’inflation en cours, il n’applique pas la règle, il gèle les pensions. Dans tous les cas, les pensions sont perdantes. C’est ce que les retraités ont voulu exprimer en manifestant le 24 mars dernier en réclamant le retour à l’indexation des pensions sur les salaires et le rattrapage des pertes sur le pouvoir d’achat, l’annulation de la hausse de la CSG de 1,7 point appliquée depuis 2017, soit 25%, pas de pension inférieure au SMIC, le rétablissement de la demi part fiscale, la prise en charge de l’autonomie par l’assurance maladie et la création d’un grand service public de l’autonomie, la création de postes supplémentaires dans le médico- social et l’aide à domicile, la défense de l’hôpital public avec l’arrêt de la suppression des lits et la réouverture des maternités et des hôpitaux fermés pour des économies budgétaires.

Par ailleurs, il faut s’engager pour une société de tous les âges. Depuis une quinzaine d’années, les pouvoirs publics annoncent une grande réforme de l’accompagnement des personnes âgées. Il est un fait, que comme Sœur Anne, nous ne voyons pas grand chose venir. La transformation démographique que nous allons connaître s’impose à tous. Dans les 20 ans à venir, le nombre de personnes de plus de 75 ans va quasiment doubler et représenter près de 11 millions de personnes contre moins de 6 millions aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’un sujet théorique. Ces personnes, c’est nous ou nos parents. Et ce futur vieillissement est tout poche : dès 2025, les besoins d’accompagnement augmenteront de façon spectaculaire de sorte que l’autonomie des personnes âgées devient un impératif catégorique. Il faut l’affirmer avec force : oui, cet accompagnement que nous voulons solidaire suppose une augmentation des moyens humains consacrés au grand âge. Certes, cela aura un coût pour la collectivité. Mais ce coût sera moins grand pour la collectivité que l’immobilisme qui entraînerait des dépenses considérables liées à la multiplication des pathologies chroniques.

Ainsi l’ambition d’une société de la longévité est une ambition réaliste pour vivre mieux, plus longtemps et pour préserver notre protection sociale. La réforme de l’accompagnement du grand âge ne peut plus se permettre d’être pour demain. Les personnes âgées doivent pouvoir choisir leur mode d’accompagnement à domicile, en établissement ou dans un tiers-lieu, bénéficier d’un temps de présence professionnelle suffisant, adapter leur logement. Le défi est immense et suppose la mise en œuvre d’une réforme majeure pour adapter l’ensemble de notre société au vieillissement. Comme chaque année, n’oublions pas d’offrir à nos proches en mai un brin de muguet symbole du retour du printemps et des beaux jours.

Jean-Claude Fontaine, Président national