Le mot du Président

Crise sociale  Avenir et Gendarmerie n°135 – Novembre 2019

Dans l’un de ses principaux thèmes pour l’élection présidentielle de 1995, un ancien candidat à la magistrature suprême avait parlé d’une fracture sociale dans les termes suivants : « la France fut longtemps considérée comme un modèle de mixité sociale. Certes, tout n’y était pas parfait. Mais elle connaissait un mouvement continu qui allait dans le bon sens. Or la sécurité économique et la certitude du lendemain sont désormais des privilèges. La jeunesse française exprime son désarroi. Une fracture sociale se creuse dont l’ensemble de la Nation supporte la charge. La “machine France” ne fonctionne plus pour tous les Français ». Il considère que cette fracture sociale peut être porteuse de risques de troubles dans les banlieues où il règne une terreur molle. Trop de jeunes ne voient comme perspectives que le chômage ou de petits stages au terme d’études incertaines. Ils finissent par se révolter. Pour l’heure, l’État s’efforce de maintenir l’ordre et le traitement social du chômage, ce qui évite le pire.

Divers politiciens et experts en communication politique ont souvent parlé d’hypothétiques crises sociales. Tels de funestes augures, en décembre 2018, ils nous ont annoncé la chute prochaine du gouvernement sous les coups des « Gilets jaunes ». Ils sont aujourd’hui dithyrambiques sur la sortie de crise, l’affaiblissement du pouvoir et à la victoire à la Pyrrhus aux européennes. Faut-il penser que la réalité économique et sociale a changé en quelques mois ? À vrai dire, malheureusement, il n’en est rien. Avec ses métropoles, la France devient un lumpenprolétariat des métiers de la technologie et de la finance avec un pouvoir d’achat déclinant. La destruction d’emplois industriels, le recul des besoins d’équipements et de la perte de compétitivité manufacturière face aux équipements chinois, vont encore plus accentuer la bipolarisation du marché du travail. Cet état de fait se déroule sous nos yeux.

Alors que notre industrie s’effondre, notre base manufacturière disparaît et en dépit de fonds records, les start-up technologiques ne prennent pas le relais en matière d’emploi. Les bons emplois industriels sont remplacés par des emplois dans des services peu sophistiqués ou domestiques. Les emplois intermédiaires et industriels disparaissent et par conséquent réduisent la mobilité sociale et accroissent les inégalités avant les politiques redistributives ; seules ces dernières sauvent la mise au prix d’une tension extrême sur les finances publiques.

La taxation des énergies fossiles pour respecter les objectifs d’émission de CO2, le trop lent développement des renouvelables, la restructuration d’EDF qui est un désastre industriel, ne feront qu’accroître les hausses du prix de l’énergie dans les prochains mois. En outre, il est impossible d’augmenter les salaires dans les entreprises en raison des gains de productivité très faibles. C’est bien là le drame puisque le seul pouvoir d’achat vient de la hausse des salaires. Nul ne voit la cohérence de la politique économique actuelle pour favoriser la croissance. Les premières éruptions de ces plaques tectoniques économico-sociales ont été engendrées par le mouvement des « Gilets jaunes », mais encore en sommeil, les vrais volcans peuvent se réveiller à tout moment, dans des conditions inédites que nul ne peut prévoir et sans aucun doute impliqueront les forces de l’ordre. L’économiste américain Joseph Stebglibz pense que dans notre système actuel, l’argent domine tout. On parle beaucoup du rêve américain mais ce que le président des États-Unis oublie de mentionner, c’est que 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Dans les années 2000, lors d’un séjour au pays de l’Oncle Sam, j’ai constaté cette précarité plus importante que dans notre pays. En outre, pas plus de 25 % de la population bénéficie d’une couverture sociale. Souhaitons que ce « rêve américain » n’arrive pas dans notre pays. De nombreuses personnes se posent cette question politiquement incorrecte : est-il normal que des étrangers en situation irrégulière soient soignés gratuitement et non concernés par les franchises médicales, alors que certains nos de concitoyens, en situation précaire, ont des difficultés pour souscrire à une mutuelle complémentaire ?

Nous, les retraités et veuves devons continuer à résister et le faire savoir aux hautes instances nationales pour que nos pensions de retraite soient toujours indexées sur le taux de l’inflation qui est actuellement de 1,8 %. En outre, cette crise provoque des manifestations de plus en plus violentes auxquelles les forces de l’ordre sont confrontées et a indiscutablement un impact sur le moral. Leur vie familiale est perturbée. Le nombre de suicides de policiers et de gendarmes est effarant depuis le début de l’année 2019. Coluche disait : « Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c’est une crise. Depuis que je suis petit, c’est comme ça » Amis lecteurs, objectivement, pouvons-nous le contredire ?

Jean-Claude Fontaine, Président national