Le mot du Président

Lutte contre l’insécurité Avenir et Gendarmerie n°152 – Juin 2021

Depuis le début des années 1990, une vague d’insécurité a touché le monde occidental et la lumière de certains textes de loi a pu inquiéter de la transposition en France d’une politique de « tolérance zéro » venue des États-Unis. Celle-ci, conçue comme une réponse répressive, fondée sur la théorie de la vitre brisée établie en mars 1982 par Wilson et Kelling, suppose que pour prévenir la spirale de la délinquance, il suffit de réprimer la moindre incivilité. Peu avant une élection présidentielle, certains candidats inscrivent dans leur programme la lutte contre l’insécurité qui est un sujet vendeur. Dans notre pays, la légitimation des mesures répressives s’appuie à la fois sur un prétendu échec des politiques sociales et sur la médiatisation d’un sentiment d’insécurité alimenté par les chiffres de la délinquance souvent présentés isolément. Des analyses, plus poussées s’appuyant sur les chiffres de la délinquance, un sentiment d’insécurité et sur les enquêtes de victimation laissent penser que l’augmentation importante des faits délictueux et de la violence n’est pas aussi sensible qu’il paraît.

Depuis plusieurs années, l’économie souterraine du trafic de drogues et particulièrement celui du cannabis s’est développée dans les cités et l’on n’a jamais vraiment réussi à éradiquer ce fléau. Notre pays détient malheureusement le record européen de consommation. Le chômage des jeunes dans ces quartiers difficiles est une des causes d’insécurité. Ils sont livrés à eux-mêmes et tous les trafics sont bons pour se faire de l’argent. Cela conduit à des règlements de compte dont l’issue est fatale pour certains. Un autre phénomène insécuritaire continue de sévir, les incendies volontaires d’édifices publics, de véhicules sans compter les violences envers le forces de l’ordre et les sapeurs-pompiers. L’absence de moyens suffisants pour permettre une réelle politique de réinsertion peut inquiéter sur la menace que constitue « La tolérance zéro » vis-à-vis de l’équilibre entre répression, prévention et réinsertion.

Les États-Unis ont développé le concept « BolaWrap 100 » qui est une sorte de lasso électronique qui neutralise les délinquants en fuite, sans les blesser. Ce dispositif a été inspiré des lassos utilisés par les cow-boys argentins pour capturer le bétail. Nous savons combien il est difficile pour les forces de l’ordre d’appréhender les délinquants qui s’enfuient à toutes jambes une fois le forfait commis. Ce BolaWrap se présente sous la forme d’un boîtier qui renferme une sangle en kevlar et un système de propulsion qui est très facile à manipuler. Quand le policier se trouve confronté à une personne en fuite, il suffit de déclencher le système à distance pour que la sangle en kevlar vienne s’entourer aux jambes et au torse de l’individu en fuite. Il est neutralisé en quelques secondes même s’il a commencé à courir. En dehors des armes létales ou gaz lacrymogène, le BolaWrap 100 constitue donc un nouveau moyen pour neutraliser les fuyards. À suivre donc, si un jour ce dispositif est mis en place dans notre pays !

Nous pouvons nous inquiéter sur la pertinence de nouveaux délits qui créent une redondance avec des incriminations plus générales, déjà prévues par la loi. On se tourne dans le domaine pénal vers l’adoption des lois purement conjoncturelles, en lieu et place des lois d’orientation générale s’inscrivant dans le long terme. Qu’elle protège ou qu’elle punisse, la loi doit être la même pour tous. La personnification des délits de précarité qu’institue la loi Sarkozy, créant notamment des infractions relatives au racolage passif, à la mendicité agressive, à l’entrave à l’accès et à la circulation dans les parties communes des immeubles, peut paraître pour certains à s’opposer fondamentalement à un article de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. S’agit-il de faire régner l’ordre public ou de cacher certaines manifestations de la pauvreté, telle est la question que nous pouvons nous poser ? Dans tous les cas, nous serions en droit d’attendre du législateur qu’il ne se contente pas d’une simple légifération des clichés. Il faut un équilibre entre répression, prévention et réinsertion. C’est dans un esprit de solidarité que doit s’inscrire la politique pénale et carcérale de l’État. Cela est important qu’il y ait donc une équité entre la justice et l’équilibre social. Albert Camus disait : « L’insécurité, voilà ce qui fait penser » !

Jean-Claude Fontaine, Président national