Le mot du Président

Paradoxe  Avenir et Gendarmerie n°142 – Mai-Juin 2020

À première vue surprenant ou choquant, c’est-à-dire, allant contre le sens commun, le paradoxe du grec paradoxos est une idée ou une proposition allant contre un sens commun. Dans ce sens, il désigne également une figure de style consistant à formuler, au sein d’un discours, une expression, généralement arithmétique, qui va à l’encontre du sens commun. Ce paradoxe en est devenu à désigner, plus tard, de façon plus restrictive, une proposition qui contient ou semble contenir une contradiction logique ou un raisonnement qui, bien que sans faille apparente, aboutit à une absurdité, ou encore à une situation qui contredit l’intuition commune. Il peut se révéler un puissant stimulant pour la réflexion et est souvent utilisé par les philosophes pour nous révéler la complexité inattendue de la réalité. Il peut aussi nous montrer les faiblesses de l’esprit humain et plus précisément son manque de discernement, ou encore les limites de tel ou tel outil conceptuel.

Depuis les mesures sanitaires prises dans la cadre de la lutte contre le Covid-19, les Français actifs et retraités ont constaté que l’excroissance de l’exécutif a eu pour conséquence leur infantilisation. Nous avons accepté à contrecœur d’être traités comme des majeurs sous tutelle. Nous nous sommes rendus compte que nous vivions en plein paradoxe. Nous avons été submergés par les politiques et les médias d’hyper communication sur cette pandémie. Cela a eu pour effet de fragiliser et paniquer certains d’entre-nous. Il est certain que la santé mentale des Français est mise à mal. Ce confinement aura laissé des traces d’anxiété, de dépression et de sommeil. En outre, nous avons pu constater que la médecine française croulait sous l’administratif centralisé. Il y a dans notre pays : le ministre de la santé, le directeur général de la santé, la direction de la santé publique France, le directeur de la haute autorité de la santé, les directeurs des agences régionales de la santé, le directeur de l’agence nationale sanitaire, le directeur de l’agence nationale pour les sciences de la vie et de la santé, le centre national de recherche scientifique en virologie moléculaire, l’agence nationale de sécurité du médicament et de la santé. Comme cela ne suffisait pas, nos éminents politiques, monstres d’efficacité, de pragmatisme et toujours soucieux d’économies des finances publiques, parlent de créer le haut-commissariat de lutte contre les épidémies, le haut-conseil de veille sanitaire ainsi que l’agence nationale de sécurité de logistique médicale. Cela pourrait représenter 5 000 fonctionnaires en plus.

Le « royaume d’Ubu » créé par Alfred Jarry n’est pas prêt de disparaître ! On ne s’est plus entendu, plus écouté, plus parlé. Le bel ouvrage sur lequel reposait jadis la convivialité s’est effondré. La crédibilité des pouvoirs publics, des médias, des institutions et des entreprises a été atteinte, à tort et à raison. L’émotion a remplacé la raison et toute vérité est devenue aléatoire. Nous avons été victimes de « fake news » qui ont pu avoir autant d’impact qu’une vraie. Certains sont désolés et évoquent l’effondrement total des valeurs. Chacun a besoin de s’exprimer, de prendre la parole, de se faire entendre, de contribuer au bien commun. Ce n’est pas nouveau. Hier, c’était difficile. Aujourd’hui c’est d’une facilité extrême avec les réseaux sociaux. Ce ne sont pas ces derniers qui ont créé cette immense soif de liberté d’expression, mais ils ont offert les moyens de s’épancher sans médiation et de façon instantanée. Nous vivons une révolution politique et sociale, bruyante, souvent désordonnée, parfois incontrôlable. Cela ne concerne pas que la politique et les « Gilets jaunes ».

Maintenant, les usagers des institutions publiques, les consommateurs, les clients des entreprises, leurs salariés veulent avoir leur mot à dire sur la nature et la qualité des services qui leur sont proposés. Ils exercent de quelque sorte un « devoir de contrôle » sur le comportement des institutions, sur les valeurs qu’elles défendent (ou non) et sur l’authenticité de leurs discours. Posons-nous cette question : les entreprises pourront-elles reconstruire leur crédibilité et leur légitimité en engageant un nouveau dialogue plus riche et plus authentique avec leurs parties prenantes ? C’est tout ce que nous pouvons souhaiter. Il est un fait certain que le temps passé ne se rattrape jamais et il est indispensable que l’exécutif décrète l’état d’urgence économique. Dans un message adressé au personnel de l’Arme, le général d’armée Christian Rodriguez, Directeur général de la Gendarmerie nationale, a affirmé que le chemin de sortie de crise était encore loin et leur a adressé son soutien. Il faut rester mobilisé, réactif, attentif et disponible. La crise sanitaire sera suivie d’une crise économique et sociale qui exigera un engagement encore plus fort, une poursuite de l’engagement solidaire à l’égard des plus vulnérables, dans l’esprit de l’opération « Répondre présent », un engagement de protection des libertés publiques et des institutions, mais également une vigilance de tous les instants quant aux menaces multiples et violentes qui pourraient être dirigées contre notre démocratie et nos valeurs. Il va de soi que nous assurons tout notre soutien à nos camarades d’active et particulièrement dans les moments difficiles. Nous, les Anciens, nous n’oublions pas ce « serpent de mer » qu’est la réforme des pensions de retraite qui est pour le moment en « stand by » mais qui ne manquera pas de réapparaître au moment opportun. Quant à la revalorisation des pensions de retraite et réversion, n’y songeons pas trop. Pour le moment, elles sont remisées aux « calendes grecques » ! Amis lecteurs, oubliez vos soucis et passez de bonnes vacances.

Jean-Claude Fontaine, Président national