Le mot du Président

Le lien social Avenir et Gendarmerie n°155 – Octobre 2021

En sociologie française, la notion de lien social signifie l’ensemble des appartenances, des affiliations, des relations qui unissent les gens ou les groupes sociaux. Ce lien social représente la force qui lie entre eux les membres d’une communauté sociale, d’une association, d’un milieu social. Cette force peut varier dans le temps et l’espace, c’est-à-dire que ce lien peut se retrouver plus ou moins fort selon le contexte et la situation dans lequel nous nous trouvons. Lorsque ce phénomène devient de faible intensité ou de piètre qualité, certains éminents chercheurs courants politiques abordent le problème sous l’angle de la crise puisque la qualité et l’intensité du lien social agissent comme des déterminants de la qualité et de l’intensité des rapports sociaux des membres des groupes. N’est ce pas ce que nous vivons actuellement ?

L’utilisation de la notion est difficile et vient d’abord de son sens à la fois descriptif des variétés observables de cette forme de liaison et normatif d’une unité qu’il faut préserver. Elle vient ensuite de ce que, employée au singulier, elle tend à identifier la qualité des rapports sociaux des individus et des groupes entre eux à leur participation à une unité supérieure telle que la nation et le peuple, écartant ainsi la richesse des relations qui s’établissent dans les marges, contre les manifestations de cette unité, quelles que soient les institutions de l’État ou une culture dominante. Le lien social est-il menacé, telle est la question ? Si, du point de vue englobant la société entière, on peut considérer comme un bien, la cohésion de ces divers éléments, alors ce sujet peut devenir un objet de préoccupation politique ou morale. Les inégalités sociales ou encore la vie au sein d’un régime totalitaire peuvent entraîner la dégradation de la qualité et de l’intensité du lien social.

Plusieurs changements contemporains peuvent être aussi l’expression ou la conséquence d’un affaiblissement de la densité du lien social, comme l’accroissement des divorces, l’individualité croissante, les émeutes et la délinquance. Selon le sociologue Philippe Breton, le lien social est menacé par une certaine conception d’Internet, qui tend à distancer les hommes de toute communication directe.

Depuis quelques années, nous avons pu constater que l’offensive néo-libérale, la déstabilisation de l’État social et de la société salariale ont fait resurgir la menace de l’extension des problèmes sociaux à des populations de plus en plus larges. Le centre de la question sociale est la question du rapport au travail. Cette résurgence de la question sociale sur la scène publique est liée à la dégradation de la condition salariale pouvant remettre en cause les compromis sociaux, jusqu’à l’ébranlement de la protection sociale, y compris la solidarité entre actifs et inactifs. Le développement de la crise sanitaire n’a pas facilité la tâche des associations gendarmerie dont la nôtre. Le lien qui nous unissait a été partiellement interrompu puisque toutes les manifestations patriotiques et les réunions amicales ont été réduites à leur plus simple expression. Cependant, cela ne nous a pas empêché de reprendre contact avec nos Anciens en leur remontant le moral. Cette démarche a été appréciée particulièrement par nos veuves. Nous vivons actuellement une période difficile ou parfois l’individualité règne en main de maître et trahit la devise de notre drapeau national : « Liberté, égalité, fraternité ».

Soyons solidaires. Cela demande souvent du courage, du temps, parfois de l’argent, et ça peut aussi bousculer nos habitudes. Pour aborder une fin d’année pas comme les autres, la prudence, la fraternité et la solidarité doivent être dans nos esprits. Selon le pape François, « l’homme et la femme du monde post-moderne courent le risque permanent de devenir profondément individualistes, et beaucoup de problèmes sociaux sont liés à la vision égoïste actuelle axée sur l’immédiateté, aux crises des liens familiaux et sociaux, aux difficultés de la reconnaissance de l’autre ».

Jean-Claude Fontaine, Président national