Le mot du Président

L’esprit fédéraliste  Avenir et Gendarmerie n°144 – Octobre 2020

Le mot « fédéralisme » vient du latin fœdus, « l’alliance ». L’esprit et la pratique de ce fédéralisme sont nés de la spécificité de la civilisation européenne et son exceptionnelle diversité. La nécessité de conjuguer cette diversité, avec la dynamique de rapprochement et d’unité qui pousse toutes les entreprises humaines, a produit la tension créatrice permanente qui anima cette civilisation : entre l’un et le divers, entre l’individu et la cité, entre le particulier et l’universel. Cette tension a pu s’exprimer à l’intérieur des communautés humaines et a fait apparaître des formes d’alliances et d’organisations originales : des fédérations et des confédérations. Elles répondaient à des nécessités contingentées mais exprimaient surtout la trilogie classique des valeurs fondatrices de notre civilisation : le respect de la singularité des personnes et des communautés, le sens de la liberté et du bien commun.

Nous, gendarmes retraités, devons garder notre esprit fédéraliste. Lors de mon élection au poste de président national de la FNRG en 2013, je disais que l’union faisait la force. Vu les événements que nous vivons actuellement, j’en suis de plus en plus convaincu. Certains parlent de ne plus être affiliés à nos associations nationales et veulent fonder des amicales de retraités de gendarmerie. L’individualisme n’est sûrement pas la meilleure solution pour recruter des nouveaux adhérents.

Les associations ayant signé la charte sont sûrement plus représentatives au sein de la Direction générale de la Gendarmerie nationale que les amicales. Cela ne va pas toujours de soi de travailler ensemble sur la base de projets coopératifs. Mais cela doit être dans la philosophie de nos associations, car cela rejoint les valeurs d’ouverture, d’entraide, de solidarité, de partage et de gouvernance démocratique. C’est tellement plus convivial de développer des relations sociales, de participer à la vie locale, et d’éviter l’isolement. Cela permet de répondre plus efficacement à l’intérêt général, en travaillant en complémentarité, en évitant les doublons, en faisant « plus et mieux », en connaissant mieux les publics et leurs besoins. C’est aujourd’hui indispensable, pour être plus fort, anticiper les situations difficiles, notamment sur le plan budgétaire. Nous n’avons aucune crainte à avoir. Rappelons-le, coopérer au niveau national et local, ce n’est pas fusionner ou être absorbé. Chaque structure conserve sa personnalité juridique. Cette démarche implique un respect mutuel, la prise en compte des caractéristiques de chaque structure et ses différences.

Comment pouvons-nous travailler avec les autres associations avec lesquelles nous pouvons être en concurrence ? La concurrence entre associations est liée à deux facteurs : le fait d’exercer la même activité sur le même territoire et, donc de se disputer le même public ; la diminution des financements publics, difficulté particulièrement prégnante depuis plusieurs années. Ces craintes légitimes peuvent se transformer en force. En effet, en se regroupant, on est plus forts et mieux armés pour avancer ! Certes, pour mener à bien des projets de coopération, cela demande de la disponibilité, mais on prend du temps pour en gagner après. À plusieurs, on fait plus que tout seul. Il est plus facile, voire indispensable de travailler dans la confiance ! Et cette confiance se gagne en général sur le long terme. Nous devons nous serrer les coudes, d’autant plus que le serpent de mer du projet de réforme des retraites ne va pas tarder à réapparaître. Il s’agira donc, au moment opportun de nous exprimer en parfaite symbiose vis-à-vis des pouvoirs publics.

Jean-Claude Fontaine, Président national