Le mot du Président

Sécurité oblige Avenir et Gendarmerie n°150 – Avril 2021

Actuellement dans le cadre du « Beauvau de la sécurité », on discute beaucoup sur ce sujet important qu’est la sécurité, d’autant plus que le phénomène de violences et notamment chez les jeunes, a tendance à s’amplifier. Il semble donc que les crédits de la sécurité pour 2021 vont pouvoir bénéficier du plan de relance. La situation est nettement meilleure que l’année précédente d’après la loi de finances rectificative du 30 juillet 2020 et à ce fameux plan de relance qui permet un effort important d’équipement, avec un renouvellement inédit des véhicules dont l’achat de 10 hélicoptères pour la gendarmerie. Ce plan prévoit aussi des centaines de millions d’euros pour la rénovation de l’immobilier en 2021. Il est un fait que les gendarmes attendaient depuis longtemps un geste sur l’immobilier car beaucoup de casernes et de locaux étaient dans un état de vétusté inacceptable. C’est donc chose faite maintenant, mais sans un plan d’entretien et de renouvellement à long terme, les progrès ne seront pas durables. Cependant, certains élus s’interrogent sur les récentes annonces ministérielles évoquant une répartition territoriale police/gendarmerie, en estimant qu’il faut être très prudent sur ce genre de réformes et qu’ils soient concernés localement. Chacune des deux forces s’est adaptée à son territoire et aux spécificités de sa délinquance. Il ne faut pas défaire à la légère ce qu’il a fallu des années pour construire. Le ministère de l’Intérieur annonce que son budget augmente significativement de 1,14 milliard d’euros, une hausse qui doit en réalité beaucoup au plan de relance. Le budget ordinaire est en hausse de 400 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 714 millions de la relance. Pour les effectifs, l’année 2021 verra l’arrivée de 1 500 policiers de plus et de 500 nouveaux gendarmes. Mais ce budget met surtout l’accent sur le matériel, avec 213 millions d’euros pour les crédits destinés aux véhicules. Par ailleurs, la gendarmerie s’attaque à une sérieuse revue de l’organisation de son dispositif de contrats courts dont bénéficient actuellement les gendarmes adjoints volontaires (GAV). Le Directeur de la Gendarmerie nationale, le général Christian Rodriguez, a évoqué plusieurs pistes. Tout d’abord, une importante réduction à venir du nombre de GAV de 12 000 à 6 000. Cette division par deux peut s’expliquer notamment par la professionnalisation des PSIG (peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie), des unités composées à terme de sous-officiers. La deuxième idée en vue sur les volontaires est de créer un concours sous-officier dédié qui s’ajouterait au concours externe et au concours interne. Aussi, il apparaît que la Direction générale souhaite changer le nom des volontaires. Il s’agit, en réduisant le nombre, d’offrir de meilleures conditions de vie et particulièrement, de les retenir davantage car ces volontaires servent en moyenne trois ans, ce qui implique un effort de formation à renouveler chaque année. Il y a quelques années, la Direction avait évoqué le remplacement des volontaires par la création d’un corps d’engagés. Au début de mon propos, j’ai évoqué la création de 500 postes nouveaux de gendarmes. Ils ne combleront certainement pas la perte de 6 000 GAV. En cette période de violence, il est à craindre que des manifestations ne dégénèrent par des actes inacceptables vis-à-vis des forces de l’ordre et par des atteintes aux biens et aux personnes. En matière de sécurité, dans une société de liberté, il y a des règles à respecter et le maintien de l’ordre est indispensable. Quels sont les moyens qui doivent être mis en oeuvre ? Telle est la question. Personne n’a la science infuse en ce domaine. Cependant, je me souviens d’un temps où je servais en gendarmerie mobile, que des canons à eau étaient utilisés pour repousser les manifestants violents. Ce sont maintenant les forces de police qui les utilisent. Comme toute arme, son usage nécessite des précautions. Ces canons à eau peuvent être employés en jet indirect sur le sol ou en l’air, avec une trajectoire parabolique qui ralentit le jet, vers les jambes ou non. Dans le cas d’usage vers le tronc ou le visage, à courte portée, les risques médicaux sont élevés. Il faut donc être extrêmement prudent en matière d’emploi. Méditons sur cette pensée d’Albert Einstein : « L’homme et sa sécurité doivent constituer la première préoccupation de toute aventure technologique ».

Jean-Claude Fontaine, Président national