Le mot du Président

Quand le printemps revient  Avenir et Gendarmerie n°139 – Mars 2020

En ce mois de mars, le printemps marque traditionnellement le renouveau dans la nature et se caractérise par un radoucissement progressif de la température, la fonte des neiges, le bourgeonnement et la floraison des plantes, le réveil des animaux hibernants et le retour de certains animaux migrateurs. Il est synonyme de joie et d’allégresse. C’est une époque de renaissance qui possède une tonalité très positive. Le rêveur peut s’interroger sur l’objet de cette nouveauté. Le printemps représente la vitalité. Il confirme que nous sommes dans un processus d’évolution dynamique et que nous sommes portés par une énergie vitale dans un mouvement irrésistible. Souhaitons cependant que ce printemps 2020 soit meilleur que celui de 2019 pour les forces de l’ordre. Constat amer, la délinquance a explosé en 2019. Le bilan de l’année dernière dans notre pays est très mauvais. En toute discrétion, le ministère de l’Intérieur a publié ses chiffres.

Le passé nous rappelle le temps où les ministres défendaient avec conviction leurs bilans en toute transparence. Ce sujet est devenu de plus en plus sensible. Pratiquement, tous les indicateurs sont au rouge, avec une nette dégradation de la situation sur le plan des violences. Le ministère de l’Intérieur est bien forcé de reconnaître qu’en 2019 les coups et blessures volontaires sur personnes de 15 ans ou plus ont enregistré une forte hausse (plus 8 %). De même, les violences sexuelles ont augmenté de 12%. On a pu constater que toutes les régions françaises ont connu des augmentations du nombre de viols, agressions et harcèlements sexuels enregistrés par les forces de sécurité. Le ministère rassure et insiste sur le fait que hors les violences intrafamiliales, l’augmentation des coups et blessures volontaires s’est limitée à 4% au lieu de 6% en 2018. Le professeur en criminologie Alain Bauer, nommé en 2003 président du conseil d’orientation de l’Observatoire national de la délinquance (OND devenu ONDRP), estime que c’est le pire bilan qu’on ait vu depuis des années. Ces chiffres sont parfaitement révélateurs. Les violences qui grimpent ne sont pas seulement celles liées au maintien de l’ordre. Tous les types de violences sont concernés, faisant effectivement craindre au retour presque quarante années en arrière, en tout cas sur le terrain des homicides et des tentatives d’homicides.

D’après le service de sécurité du ministère de l’Intérieur (SSMI), le nombre d’homicides a nettement augmenté en 2019 (970 victimes), sans compter l’explosion des tentatives d’homicides. C’est une hausse de 8,5% en un an. Le reste du bilan est plutôt mitigé. Par exemple, le SSMI estime que la hausse est plus modeste pour les vols sans violence contre des personnes (+3%) et très légère pour les vols dans les véhicules (+1%). Cependant, il note que les escroqueries sont en forte progression en 2019 (+11%) alors que la tendance à la hausse était moins marquée en 2018 et 2017. En 2019, les vols avec armes et les cambriolages de logements sont restés stables en province. Ce n’est pas le cas à Paris où les vols avec effraction ont littéralement explosé ces deux dernières années. Malgré les dérives des Gilets jaunes et une longue année de casses qui a été ponctuée par des centaines de véhicules brûlés le soir de la Saint-Sylvestre, les destructions et dégradations volontaires ont baissé (-1%). Il est vrai que les feux de la nouvelle année rentreront dans le comptage 2020.

Il n’y a pas de quoi pavoiser car le combat contre la délinquance au quotidien sera difficile. Soyons en conscients quand on peut constater à quel point la machine des forces de l’ordre est fatiguée et fragile. Depuis quelques temps, les médias dominants se saisissent partiellement de la question des violences policières qu’ils considèrent être d’une ampleur pourtant sans précédent depuis le début du mouvement des Gilets jaunes. Cependant, rendons-nous compte que même si elles intègrent l’agenda médiatique, ces violences font l’objet d’un traitement biaisé (fausse objectivité, langage orienté). Rappelons que les forces de l’ordre sont là pour faire respecter l’ordre républicain par tout moyen approprié et qu’elles sont victimes des violences de certains manifestants. D’un côté, on parle de violences des forces de l’ordre et de l’autre de menaces de manifestants opposés à la réforme des retraites contre le président de la République.

Cet engrenage de la tension, qui vient de loin, ne pourra être brisé qu’au prix d’un compromis républicain. Un ancien chef d’État se dit inquiet de voir l’indifférence, l’abstention, l’antiparlementarisme, la haine de l’autre qui s’installent peu à peu dans notre pays. Ce sont les quatre cavaliers de l’apocalypse républicaine qui sont annonciateurs de troubles politiques. L’identité de la Nation doit l’emporter sur les mémoires identitaires. Restons optimistes et comme dans la chanson soyons joyeux dès que le printemps revient.

Jean-Claude Fontaine, Président national