Le mot du Président

Avoir la science infuse – Avenir et Gendarmerie n°132 – Juillet-août 2019

Remontons à l’histoire biblique d’Adam et Ève pour comprendre cette expression. En théologie, la «science infuse» représente les connaissances que Dieu a insufflées à Adam, sans que celui-ci ne les apprenne. Par extension, elle désigne quelqu’un pensant tout savoir, alors que cela est impossible. En terme général, la science, c’est tout ce qui concerne le savoir ; cela peut être les mathématiques, la physique et tout ce que l’on sait. Lorsque l’on dit qu’une personne a la science infuse ou pense l’avoir, cela veut dire que cette personne pense tout savoir, se croit plus intelligente que les autres et qu’elle n’a pas besoin d’aller lire et travailler ou d’apprendre d’autres choses puisqu’elle sait déjà, qu’elle a toutes les connaissances en elle. Nous entendons parfois cette expression « il croit avoir la science infuse » ou « il a la science infuse ». Si nous sommes confrontés à une question à laquelle nous ne pouvons répondre, nous pouvons dire : « vous savez, nous n’avons pas la science infuse, car nous ne savons pas tout et nous devons apprendre par nous-mêmes ». Dans ce domaine, sur les réseaux sociaux et par écrit, se développe parfois une polémique entre la gendarmerie et la police ce qui est tout fait regrettable pour la crédibilité et la confiance que nos citoyens accordent aux forces de l’ordre. Il n’y a pas de vie sans dialogue. Malheureusement, ce XXIe siècle est le siècle de la politique et de l’insulte. Qui détient la vérité, qui contrairement à l’opinion, possède une universalité et a une objectivité ? Considérons que détenir la vérité, c’est comprendre le monde et cette compréhension et de le maîtriser et de se rendre comme maître et possesseur de la nature. Pourtant, la vérité ne se veut-elle pas désintéressée, c’est-à-dire éloignée de toutes considérations pratiques et matérielles ? De plus, cette vérité ne donne-t-elle pas un ascendant psychologique à celui qui ne sait pas ? Ne demande-t-on pas des conseils à celui qui est censé détenir la vérité ? Cette vérité comme compréhension du monde nous rend maître de la nature. Dans sa définition classique, elle se veut absolue, éternelle et nous révèle ce qui est immuable, sur quoi se fonde notre monde. Ainsi, selon Platon, la vérité réside dans les idées intelligibles, éternelles et séparées du monde sensible. Ce n’est qu’en arrivant à ces vérités que le célèbre philosophe pouvait agir au mieux dans ce monde sensible. La controverse se définit par une discussion argumentée, engendrée par l’expression d’une différence d’opinion ou d’une critique, quant à un problème, un phénomène ou un état de choses. On peut penser que celui qui argumente pense détenir la vérité. Par métonymie, cette controverse désigne l’ensemble des éléments divergents ou contradictoires. Depuis une dizaine d’années, l’étude des controverses s’est imposée comme une branche très active des sciences sociales et en particulier la sociologie. Nous pouvons donc nous rendre compte qu’il est dangereux d’être une personne qui pense avoir la science infuse et en savoir assez et qui se dit : « Moi je n’ai plus besoin d’apprendre. J’en sais assez sur mon sujet et sur le reste. J’ai assez d’expérience ». Une personne qui n’apprend plus ne grandit plus, ne se développe plus et du coup, emprunte un chemin allant vers la mort : pas forcément une mort physique, mais, en tout cas, d’un point de vue mental, elle est sur le chemin de la mort. Donc, apprenons chaque jour des choses sur des sujets différents : sur l’histoire, sur la philosophie, pas seulement l’histoire de notre pays, mais l’histoire du monde. Posons-nous la question : comment les hommes ont appris à vivre ensemble ou parfois, n’ont pas réussi à vivre ensemble ? On ne peut pas savoir où nous allons si nous ne savons pas d’où nous venons. C’est très important de regarder derrière et de voir un petit peu ce qui s’est fait dans l’histoire de l’humanité. Dans le contexte actuel de notre pays, il est indispensable que toutes les associations gendarmerie soient solidaires pour défendre nos actifs, nos retraités, nos veuves et nos orphelins. Selon Patrick Louis Richard, la science infuse est finalement diffuse ; la connaissance des uns est la science de la connaissance des autres »! Amis lecteurs, je vous souhaite de bonnes vacances et je vous donne rendez-vous en septembre.

Jean-Claude Fontaine, Président national