Afin de mieux accueillir les mineurs victimes de violences physiques ou sexuelles, les gendarmes de la Maison de protection des familles (MPF) du Maine-et-Loire procèdent à leur audition dans un lieu dédié, au sein du Centre hospitalier universitaire (CHU) d’Angers. Une méthode qui porte ses fruits et facilite le travail de la justice.

C’est une petite salle nichée au cœur du CHU d’Angers. Deux fauteuils et un canapé orangés, une table basse et un miroir sans tain. C’est là, au Pôle d’accueil pédiatrique de l’enfance en danger (PAPED), que se déroulent les auditions de mineurs victimes d’agressions physiques ou sexuelles, menées par un gendarme de la Maison de protection de la famille du département (MPF 49). De l’autre côté du miroir, un officier de police judiciaire chargé de l’enquête suit l’entretien, filmé intégralement.

Le PAPED a été créé en 2005, après le procès de l’affaire du réseau pédophile d’Angers, dans lequel soixante-six hommes et femmes étaient accusés d’avoir agressé sexuellement et violé au moins quarante-cinq mineurs, parfois leurs propres enfants ou petits-enfants, entre 1999 et 2002.

« Le département du Maine-et-Loire a toujours été impacté par ce type d’affaires, mais celle-ci, peu de temps après celle d’Outreau, était grave et emblématique, reconnaît le procureur de la République d’Angers, Éric Bouillard. Le choix qui a alors été fait par la gendarmerie de créer le PAPED rejoignait le souhait de la justice de faire encore un pas en avant pour les auditions de mineurs. Tous les jours, les gendarmes de la MPF procèdent à ces auditions difficiles, sans lesquelles il ne peut pas y avoir de dossier. »

Sur réquisition judiciaire

Implantée au sein du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) du Maine-et-Loire, la MPF 49 exerce son action dans deux domaines d’expertise : les actions de prévention en milieu scolaire, avec le renfort de jeunes en service civique au sein du groupement, et les auditions des mineurs victimes de violences sexuelles ou physiques, pour lesquelles les cinq sous-officiers et le gendarme adjoint volontaire qui arment la Maison travaillent sur réquisition.

« L’unité en charge du dossier prend contact avec nous pour avoir un premier avis, décrit l’adjudant Bertrand, enquêteur de la MPF 49. En fonction des cas, soit l’audition se déroule en brigade, si l’infraction ne justifie pas un déplacement au PAPED, soit l’unité nous envoie un avis de saisine, couplé avec une réquisition judiciaire demandant au commandant de la MPF d’entendre l’enfant dans le cadre de l’enquête. »

La MPF 49 a ainsi procédé à 482 auditions de mineurs en 2020, un chiffre en constante augmentation depuis 2016. « Davantage de faits sont portés à notre connaissance, grâce aux remontées du corps médical notamment, mais aussi aux signalements du référent harcèlement du rectorat, avec qui nous avons noué un excellent partenariat, explique
l’adjudant. Dans les cas où les parents sont les auteurs présumés, nous procédons à des extractions en milieu scolaire, avec l’autorisation du procureur de la République. »

Une quarantaine de dossiers bientôt jugés

Le mineur est donc ensuite auditionné au PAPED du CHU d’Angers, un lieu pluridisciplinaire, avec la gendarmerie ou la police, une assistante sociale, une infirmière, et un médecin légiste en cas de besoin. « Nous recevons les mineurs dans ce cadre moins officiel, afin de leur permettre de parler librement, en toute confiance », précise Bertrand. Les militaires de la MPF sont tous formés lors de stages « auditions de mineurs » au Centre national de formation de police judiciaire (CNFPJ), à Rosny-sous-Bois. Ces formations sont essentielles pour accueillir la parole de l’enfant, apprendre à faire preuve d’empathie, respecter les silences, comprendre les modes d’expression qui peuvent être, non pas des mots, mais des gestes, des dessins…

« En matière de protection de l’enfance, conclut Éric Bouillard, nous avons deux armes : la gendarmerie et la police, qui nous permettent de traiter les signalements. Si la gendarmerie et la police font évoluer leurs outils, c’est bénéfique pour la justice. Il y a actuellement une quarantaine de dossiers en attente de jugement à la Cour d’assises du Maine-et-Loire, dont une grande majorité concerne des crimes sexuels sur mineurs. Ce sont des dossiers solides, avec des enquêtes bien faites, grâce à des auditions bien menées. »

Source: gendinfo.fr