Depuis le 6 novembre 2023, les habitants du Pas-de-Calais vivent au rythme des crues successives qui bouleversent leur quotidien et ont contraint plusieurs milliers de personnes à quitter leur domicile. Une situation complexe qui pose de nombreuses questions sécuritaires, auxquelles doivent répondre les gendarmes du groupement de gendarmerie départementale du Pas-de-Calais.

« Il pleut souvent beaucoup, et parfois c’est inondé, mais ce n’est jamais monté aussi haut ! » Dépité un habitant d’un petit hameau proche de Tournehem-sur-la-Hem, bottes aux pieds et ciré sur le dos, regarde, impuissant, l’eau monter et envahir son salon. Depuis quinze jours maintenant, les habitants du département du Pas-de-Calais vivent au rythme des pluies quasiment incessantes qui inondent les marais et font sortir de leur lit les principales rivières du département. Des cours d’eau qui ont submergé plus de 262 communes, 6 000 habitations, 290 commerces et entreprises et 53 exploitations agricoles, selon la préfecture.

Une situation difficile à vivre pour les habitants, mais qui pose également de nombreuses questions en termes de sécurité. Un défi relevé depuis plus de quinze jours par les gendarmes des compagnies de gendarmerie d’Écuires, de Saint-Omer et de Calais, les plus touchées sur les six que compte le groupement. « Il y a plusieurs risques au moment de la montée des eaux. Le premier, c’est que la population, en cherchant à circuler sur le territoire, soit bloquée sur les routes ou par la montée des eaux. Le suivant, c’est le risque d’atteintes aux biens. Lorsque l’eau monte, certaines personnes doivent être évacuées. Elles ne vont ensuite pas forcément réinvestir tout de suite leurs habitations et c’est lorsque l’eau se retire que ça va laisser la possibilité à certaines personnes mal intentionnées d’accéder au secteur », explique le chef d’escadron Riffault, commandant de la compagnie de Calais.

Un doublement des effectifs

Pour prévenir ces risques, et plus largement pour assurer la protection de la population, le groupement de gendarmerie du Pas-de-Calais manœuvre en permanence pour coller au plus près de la météorologie. Piloté en lien avec la préfecture du département, et plus précisément avec les deux sous-préfectures les plus impactées, ce plan d’action s’appuie sur la projection permanente, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, de patrouilles de gendarmes, présentes sur le terrain aux côtés de la population.

Pour tenir ce rythme particulièrement soutenu, notamment pour des brigades elles-mêmes touchées (à l’instar de celle de Neufchâtel-Hardelot, située au sud de Boulogne-sur-Mer, et dont les bâtiments ont été inondés, NDLR), les trois compagnies ont pu compter sur le renfort de plus d’une centaine de militaires. Des effectifs, composés de gendarmes mobiles et de réservistes, venus doubler le nombre de personnels. « La compagnie de Calais compte environ 155 militaires d’active. En comptant la G.M. (Gendarmerie Mobile) et les réservistes, nous bénéficions de 175 militaires supplémentaires. La compagnie de Saint-Omer est quant à elle renforcée par un peloton de l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) de Noyon et celle d’Écuires par deux pelotons de l’EGM de Beaune et un peloton de l’EGM de Noyon. Chacune bénéficie, en outre, de l’appui de ses réservistes, qui sont habituellement rattachés à la LIIC (Lutte contre l’Immigration Irrégulière et Clandestine) », explique le chef d’escadron Riffault, précisant toutefois que cette mission n’est pas suspendue pour autant et que « les gendarmes continuent à l’assurer. » dans la profondeur du terrain.

Cette capacité rapide de montée en puissance, parmi les grands atouts du modèle gendarmerie, permet ainsi de maintenir, dans la continuité, l’engagement des forces sur un large spectre missionnel.

Un engagement pluri-missionnel

Sur le terrain, l’ensemble de ces effectifs agit sur différentes missions, s’adaptant aux différents temps de la crise subie par la population. Lors de la montée des eaux, et notamment lors de la première vague qui a englouti des centaines d’habitations en moins d’une heure, prenant de court les habitants, les gendarmes sont d’abord intervenus pour gérer les flux et assurer le bouclage de certains axes, avec un objectif : empêcher que des personnes se retrouvent bloquées et qu’il y ait des victimes, tout en facilitant la circulation des secours.
Aux côtés des pompiers, travaillant main dans la main, les gendarmes ont également participé à l’évacuation de nombreux habitants, réalisant notamment, en amont du passage des pompiers, des repérages dans les secteurs les plus touchés.

Lors de la crue, mais aussi lors de la décrue, les militaires ont également réalisé des missions de renseignement. En rendant compte à leur hiérarchie, mais aussi au Centre d’opérations et de renseignement de la gendarmerie (CORG) et les services de l’État, comme la préfecture, de l’état des routes, de l’évolution de la situation ou des difficultés rencontrées sur le terrain, ils ont permis à l’ensemble de ces acteurs de mieux adapter la réponse opérationnelle sur le terrain.

Aux endroits où l’eau est montée à plus de 80 cm, obligeant les personnes à évacuer leur domicile, les gendarmes continuent d’assurer des patrouilles de surveillance quotidiennes, afin d’éviter les pillages. « Sur les secteurs où l’eau a déjà commencé à se retirer, on fait du porte-à-porte pour savoir si les gens ont été visités ou si la présence de curieux a été remarquée », précise le commandant de la compagnie de Calais.

Au plus proche de la population

Dans les secteurs les plus touchés par les intempéries, les gendarmes se rendent jour et nuit aux côtés des habitants et des élus. Avec eux, les militaires dressent un premier bilan des sinistres et échangent avec chacun sur les problèmes et les difficultés rencontrés. Dans l’un des petits hameaux situés sur la rivière Hem, au cours de leur patrouille de nuit, deux gendarmes sont ainsi appelés par un agriculteur. Dans son exploitation, qui compte de nombreux bovins, dont de jeunes veaux, l’eau vient de monter subitement de plus d’un mètre, mettant ses animaux en difficulté. Sans tergiverser, les deux militaires vont alors venir en aide à l’agriculteur pour mettre le bétail à l’abri, aux côtés d’autres habitants venus prêter main-forte. Un exemple parmi tant d’autres de cette proximité ancrée dans l’ADN de l’Institution et cultivée au quotidien par les gendarmes, dans la profondeur du département dont ils assurent la sécurité.

Au-delà des inondations, les gendarmes doivent aussi continuer de faire face aux nombreuses missions du quotidien, car dans ce département où les atteintes aux personnes (par exemple les faits de Violences intrafamiliales – VIF, thème particulièrement suivi par le gouvernement) et aux biens, ainsi que les problématiques de trafics de marchandises sont nombreuses, les procédures ne s’arrêtent pas, même sous la pluie diluvienne. Un engagement permanent notamment salué par la Première ministre, Élisabeth Borne, lors de sa venue, jeudi 16 novembre, à Neuville-sous-Montreuil, l’une des communes les plus touchées du département, où un pan entier de rempart s’est effondré.
Une mobilisation qui n’est pas près de faiblir. En effet, ce lundi 20 novembre, le département a de nouveau été placé en vigilance orange par Météo France, car sur les sols déjà gorgés d’eau, le nouvel épisode pluvieux annoncé signe le retour des crues, des évacuations et d’un engagement sans faille des gendarmes au service de la population.

Source: gendinfo.fr