Officiellement lancé ce jeudi 5 décembre 2024, dans les locaux de la Cour d’appel de Caen, le projet I-Crime vise à introduire, pour la première fois, les technologies immersives dans le quotidien des acteurs de la chaîne pénale, afin de permettre une meilleure compréhension des faits criminels.

Le Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale (PJGN), l’Université d’Aix-Marseille, le CNRS-École polytechnique et la Cour d’appel de Caen se sont associés pour développer le projet I-Crime. Officiellement lancé ce jeudi 5 décembre 2024, pour une durée de trois ans et demi, les résultats de ce projet de recherche appliquée ont d’abord vocation à être expérimentés par cette juridiction, avant d’être potentiellement déployés au niveau du territoire national voire international.

Faciliter la reconstitution des scènes de crime

L’exploitation des traces recueillies sur une scène de crime, et notamment des traces de sang, peut permettre de formuler des hypothèses sur les circonstances qui ont conduit à leur dépôt, et donc sur l’activité criminelle dont elles résultent. Ce travail d’expertise d’analyse des traces se heurte à certaines limites d’interprétation, qui conduisent en général les experts à proposer plusieurs scenari. Dans ces conditions, les opérations de reconstitution et l’immersion sur les lieux des événements sont essentielles à l’interprétation des données et à la compréhension des faits. Si le magistrat a la possibilité de se déplacer sur la scène de crime au cours de l’instruction, ce n’est pas toujours facile et la scène n’a pas toujours été préservée. Ce qui est encore plus vrai concernant les cold cases.

Comprendre les événements à l’origine des traces

Le projet I-Crime, qui réunit des spécialistes de différents domaines et des magistrats, vise à introduire pour la première fois les technologies immersives dans le quotidien des acteurs de la chaîne pénale, afin de permettre une meilleure compréhension des faits criminels, à commencer par les événements sanglants.
I-Crime propose de s’affranchir des contraintes auxquelles sont confrontés quotidiennement les professionnels de la justice, en permettant aux enquêteurs, magistrats, experts du PJGN et avocats, d’accéder et de partager facilement les nombreuses informations issues d’une scène de crime, à tout moment de la procédure, sans risque de pollution.

Préserver les scènes de crime en maîtrisant les coûts et les contraintes

I-Crime devrait permettre de s’affranchir des contraintes de conservation de la scène de crime, qu’elles soient financières ou simplement naturelles (lieux ouverts au public ou soumis aux intempéries), de transporter virtuellement un suspect sur la scène de crime pendant son interrogatoire, voire de reconstituer avec lui la scène de crime dans des lieux non conservés physiquement et dans des conditions de sécurité optimales.

En résumé, les capacités techniques nouvelles qui résulteront du projet I-Crime devraient faciliter l’appréhension de la scène de crime ou de catastrophe en la rendant interactive et disponible en tout temps et en tous lieux. Ce projet devrait permettre de rendre compte aux jurés de la manière la plus juste et la plus précise des observations et des conclusions de l’expert.

Un projet financé par l’ANR

Le projet I-Crime a été sélectionné par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et bénéficie d’un financement de 580 000 euros, dont 126 000 euros sont directement destinés au PJGN. Ce financement permettra notamment de recruter un ingénieur spécialisé dans les technologies immersives.

Une première impulsion déjà donnée grâce au projet Janus

Afin de disposer immédiatement des fonctionnalités de visualisation 3D en environnement immersif, les innovations réalisées dans I-Crime prendront appui sur les capacités de la plateforme de virtualisation Janus, développée par le PJGN. En effet, les experts de l’IRCGN disposent déjà d’un ensemble de moyens matériels et d’outils numériques leur permettant de fixer une scène de crime dans le but d’en réaliser une modélisation. Le PJGN a obtenu 82 000 euros du fonds « Innov’Achats » 2024 afin de développer sa propre plateforme, laissant entrevoir à terme des possibilités d’immersion multi-sites.

Des applications futures multiples

Si l’objectif premier est de permettre aux parties d’évoluer ensemble au cœur de la scène de crime pour mieux comprendre et retracer les faits, nul doute que ce projet ouvrira d’autres perspectives, en particulier en matière de formation.

Source: gendinfo.fr