Le prix des carburants à la pompe a fortement augmenté en France depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Dénonçant des hausses de prix « abusives », le gouvernement a lancé un plan exceptionnel de contrôle dans les stations-service du 9 au 11 mars 2026. Mais comment le prix de l’essence est-il fixé ? Le point en cinq questions.

Le prix à la consommation des carburants dépend en premier lieu du prix du pétrole. Avant l’arrivée du carburant à la pompe, plusieurs étapes sont nécessaires et ont un coût :

  • l’exploitation du pétrole brut (non raffiné) : recherche de gisements et forage en terre (écorce terrestre percée jusqu’à 4 000 mètres) ou en mer (offshore), puis extraction ;
  • la vente du pétrole brut sur les marchés internationaux : prix libre (hors transport, assurance et frais de déchargement) fixé par l’offre et la demande. Le prix est dit Free on board (FOB) c’est-à-dire chargé à bord. Sa valeur dépend de son origine géographique et de sa qualité. Il peut varier de 5 à 10% selon sa composition en soufre et sa viscosité (plus le brut est léger et à faible teneur en soufre, plus son prix est élevé) ;
  • la transformation du pétrole brut en carburant (raffinage) : des indicateurs de marge brute de raffinage prennent en compte son coût ;
  • le stockage, le transport et la distribution dans les stations (prix fixé par la concurrence entre les stations et les distributeurs de grandes surfaces, en particulier).

En quoi consiste le raffinage ?

Le pétrole brut est une huile extraite du sous-sol. Il est composé de différentes d’hydrocarbures, de soufre, d’azote et d’oxygène. Cette matière première est plus ou moins gazeuse, visqueuse ou liquide. Pour obtenir des carburants utilisables (essence, gazole, fioul, par exemple), cette matière première doit être transformée. C’est ce qu’on appelle le raffinage. Le processus comprend quatre opérations :

  • la séparation (distillation) : le pétrole brut est fractionné en plusieurs produits du plus léger (en carbone) au plus lourd (au fond de la colonne de distillation) ;
  • la transformation : les molécules sont brisées pour obtenir des produits plus légers (le craquage catalytique, par exemple) ou modifiées (le reformage, par exemple) ;
  • l’épuration : suppression de produits indésirables (le soufre, par exemple) ;
  • le mélange de plusieurs produits de base pour obtenir des produits commercialisables.

Les coûts de logistique et de distribution à partir du point de mise à disposition du produit jusqu’à la station service sont compris dans la marge brute de transport-distribution. Concrètement, il s’agit essentiellement de l’acheminement (par pipeline, bateau, par exemple) depuis la raffinerie ou le point d’import, jusqu’au dépôt, des frais de stockage et enfin de la distribution finale (camionnage jusqu’à la station-service, coûts d’exploitation de la station et rémunération des opérateurs : marge commerciale nette des opérateurs).

Les taxes représentent 60% du prix à la consommation. Le coût de la fiscalité sur les carburants comprend essentiellement :

  • la TVA  sur les produits énergétiques est une obligation européenne prévue par la directive 2006/112/CE. Son taux est de 20% sur les carburants dans l’hexagone. Elle est exigible au moment de la mise à la consommation du produit, les professionnels collectent et déclarent la TVA ;
  • l’accise sur les énergies ou sur les carburants (ancienne taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), représente environ 36% du prix à la pompe du gazole et 39% de celui du Sans plomb (SP95). Elle dépend du volume vendu au moment de sa mise en circulation (elle n’est pas calculée sur le prix de vente). Différent pour l’essence et le gazole, son montant est fixe (inscrit dans la loi de finances chaque année) et varie selon les régions. L’accise est payée par les professionnels qui gèrent la production, l’importation et le stockage des produits énergétiques. Elle est directement répercutée sur le prix du carburant.

Le prix des carburants à la pompe a augmenté en moyenne de 10 centimes d’euros pour le SP95-E10 et de 26 centimes d’euros (+15%) pour le gazole.

Le prix du carburant à la pompe dépend essentiellement des variations du cours du pétrole brut (prix du baril). En Europe, le baril de référence est le cours du pétrole Brent  (brut de la mer du Nord). Le prix du baril de pétrole, qui contribue au montant du prix à la consommation, a dépassé les 100 dollars lundi 9 mars 2026. Or, le cours du pétrole brut est une des composantes du prix affiché dans les stations-service, aux côtés des taxes prélevées par l’État.

Le prix du pétrole étant fixé en dollarl’évolution de la monnaie américaine et du taux de change entre le dollar et l’euro a un impact direct sur le prix du pétrole. C’est pourquoi, une baisse du prix du pétrole brut aura un effet limité sur les tarifs à la pompe si le dollar augmente en même temps.

D’autres facteurs peuvent influencer le prix du pétrole brut, notamment une baisse de la production ou des incertitudes géopolitiques. La guerre en Ukraine a provoqué une tension sur le marché du pétrole, la Russie étant un producteur important de pétrole. En mars 2026, la guerre au Moyen-Orient entre les États-Unis, Israël et l’Iran influe également sur le prix du brut.

Face à ce contexte, le gouvernement entend, de son côté, vérifier que la hausse des prix ne résultent pas de pratiques « abusives » en déployant 500 contrôles dans les stations-service par le biais de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).

Tout gérant de point de vente de carburants ayant vendu au moins 500 mètres cubes de carburants SP95, SP98, SP95-E10, gazole, E85, GPLc doit déclarer les prix pratiqués et les mettre à jour (arrêté du 12 décembre 2006  et arrêté du 7 avril 2009). Une amende est prévue en cas de non respect de cette obligation, contrôlée par les services départementaux de la DGCCRF.

Les consommateurs peuvent suivre en temps réel les prix des carburants dans les stations sur le site internet du gouvernement prix-carburants.gouv.fr.

Les carburants routiers autorisés en France sont listés dans l’arrêté du 19 janvier 2016 :

  • supercarburants SP95 et SP98 : jusqu’à 5% en volume d’éthanol ou 15% en volume d’ETBE (éthyl-tert-butyl-éther), compatibles avec tout le parc automobile français ;
  • SP95-E10 : jusqu’à 10% en volume d’éthanol ou 22% en volume d’ETBE, compatibles avec une grande partie du parc automobile français ;
  • gazole (B7 et B10) : utilisés uniquement avec les voitures compatibles ;
  • superéthanol E85 : carburant destiné à des véhicules dédiés (véhicules à carburant modulable ou véhicules flex-fuel) ;
  • GPLc (carburant) : mélange de butane et de propane (en France : majorité de propane). Il est destiné aux véhicules adaptés.

La majorité de ces carburants contient des biocarburants, c’est-à-dire des carburants (éthanol, par exemple) obtenus à partir de la biomasse (matière première d’origine végétale, animale ou issue de déchets) et incorporés dans les carburants d’origine fossile.

Source: vie-publique.fr