1 – De l’huile

Tout a commencé bien avant le départ. Si le 4L Trophy est une épreuve d’orientation et d’endurance, cette course fut surtout une épreuve de force mentale et de préparation. Après avoir racheté une 4L roulante – ou presque – l’équipe 4L Bleues l’a remise en état pour les milliers de kilomètres à venir et les kilogrammes de sable abrasif qu’il fallait affronter, avec le soutien de leur promotion,  »Ceux de Stonne ».

Dans un modeste garage de l’Académie Militaire de la Gendarmerie Nationale (AMGN), le projet pris vie, grâce à toute l’équipe dédiée à la mission qui a été conduite par les deux pilotes: Marie et Juliano. La 4L, un modèle au passé… mystérieux (quelques détails, notamment les fenêtres arrières qui ne s’ouvrent pas, laissent à penser qu’il s’agit bel et bien d’un ancien modèle gendarmique), nécessitait au commencement une révision complète. Le moteur, après quelques essais et un aller/retour hors de son emplacement, toussotait, hoquetait, et a fini par reprendre vie sous les mains habiles des mécaniciens.

Mais la mécanique n’a pas été le seul défi au départ de la course. Lever des fonds pour assurer le départ et le retour de la 4L a exigé du temps et beaucoup de créativité de la part des membres de l’équipe : vente de voitures de gendarmerie miniatures, de VBRG, de VIPG Centaure, d’écussons, recherche de sponsors, formations au secourisme. Tout a été mis en oeuvre pour avoir l’assurance que la voiture et les deux pilotes auraient les moyens de rentrer dans les meilleures conditions.

Le 18 février, la descente sans encombre vers l’Escadron de Gendarmerie Mobile de Bayonne a marqué le début de l’aventure.

Le 19 février, l’arrivée à Biarritz a été marquée par l’inspection administrative et technique du véhicule par la direction de course visant à déterminer l’aptitude du véhicule à prendre ou non le départ. Après quelques sueurs froides tant pour l’équipage que les mécaniciens venus les accompagner et l’achat d’une modeste sangle pour fixer la batterie, la 4L a été déclarée conforme aux normes du 4L Trophy.

2 – De la sueur

Une course pleine de défis

Après un départ sans encombre, les pilotes ont débuté la traversée de l’Espagne le 20 février. Dans ce périple, une première frayeur mécanique est survenue lorsqu’ils ont découvert une grosse fuite… qui s’est révélée être une simple bouteille d’eau éclatée sous la roue de secours. Tous les autres équipages n’ont pas eu cette chance dans cette traversée, et l’entraide entre pilotes a immédiatement commencé : pousser une autre 4L en panne de démarreur, surveiller les morceaux perdus par les autres 4L, autant de petits défis quotidiens.

L’arrivée au Maroc, après avoir embarqué très tôt sur un ferry, a marqué le début des vraies épreuves tant pour la mécanique que les hommes. Dès le 24 février, la rudesse des pistes désertiques a causé les premiers dommages : ensablements, alternateur datant de 1986 défaillant, fuite d’huile moteur, défaillance de la pompe à essence, encrassement du carburateur… La poussière et les écarts de température ont transformé chaque journée en test d’endurance. Les réparations étaient nombreuses, mais l’équipage a pu compter sur son stock de pièces détachées et l’entraide générale entre participants et… divers habitants et voyageurs du désert: vendeurs de sable (si, si), baroudeurs en goguette, berbères nomades…

L’étape marathon du 27 février a poussé la gestion de l’effort et l’usure matérielle à son paroxysme malgré un rythme devenu presque monotone : rouler de jour uniquement, s’arrêter pour bivouaquer au coucher du soleil, gérer la mécanique jusqu’au petit matin avant de repartir. Enfin, le 28 février, l’arrivée était en vue à Marrakech, avec à la clé un hébergement en hôtel qui fut bienvenue après une semaine de bivouac en plein désert et des douches à la lingette ou l’eau fraiche du tuyau d’arrosage.

3 – Des larmes (de joie)

Un engagement collectif

Au final, après des jours d’efforts, l’équipage a terminé l’épreuve avec une petite pénalité de 2 km pour un oubli de feux de croisement, le faisant passer de la 429e à la 557e place sur 988 équipages arrivés (plus de 1 200 au départ). Au total, 736,68 km ont été parcourus entre Biarritz et Marrakech.

L’édition 2025 du 4L Trophy a une nouvelle fois rassemblé des étudiants déterminés et solidaires. Nos 10 officiers-élèves de la promotion  »Ceux de Stonne » ont poursuivi l’engagement des promotions précédentes.

Mais la plus grande satisfaction a été la remise des dons à l’association Enfants du désert. Après des journées d’adrénaline et de dépassement de soi, pouvoir jouer avec les enfants après avoir remis le matériel scolaire et les affaires de sport collectés a donné un sens plus concret à cette aventure. Les officiers-élèves de l’AMGN gardent à l’esprit le soutien sans faille du Lycée professionnel Jean Guéhenno à Vannes ! Grâce à la mobilisation des élèves, plusieurs dizaines de kilos de fournitures ont été récoltées et acheminées en 4L.

Le retour de la course ne pouvait se faire sans partager cette expérience. Ainsi, l’équipage a eu la joie de présenter le périple et l’expérience qu’ils en ont tiré auprès des élèves sous-officiers des Ecoles de Sous-Officiers de Gendarmerie (ESOG) de MONTLUCON et TULLE. L’accueil fut encore plus favorable qu’attendu par les élèves et ces moments d’échanges sincères et informels resteront dans la mémoire des deux pilotes, avec l’espoir d’avoir suscité des vocations et montré un exemple concret de la force de l’esprit de corps et des valeurs militaires. Le musée de l’ESOG MONTLUCON ainsi que l’ESOG TULLE se sont vus offrir une 4L Gendarmerie miniature ainsi qu’une pucelle de la promotion  »Ceux de Stonne » afin de marquer ce passage.

Enfin, la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale (DGGN), à travers le général de division Christophe Dubuis, adjoint au Directeur des ressources humaines de la gendarmerie nationale (DRHGN) et le colonel Philippe Phavorin, chargé de mission à la DRHGN et Officier conseiller technique sport (OCTS) auprès du DGGN, a accueilli la 4L dans sa cour d’honneur, pleine de sable, avant d’échanger avec les pilotes sur l’expérience vécue dans ce rallye humanitaire.

Conclusion: Mission accomplie !

Le 4L Trophy a été une aventure humaine inoubliable. La traversée du désert, les pannes, les bivouacs sous un ciel étoilé, la chaleur accablante et les nuits glaciales ont forgé des souvenirs indélébiles pour les deux pilotes et leurs nombreux soutiens (une petite pensée pour Laurence, vaguemestre de l’AMGN, affrontant héroïquement les colis de pièces détachées pour la 4L).

L’équipage revient avec bien plus qu’un classement : il revient grandi, plus soudé et riche d’une expérience unique, avec le sentiment d’avoir fait rayonner bien plus que la promotion  »Ceux de Stonne », mais la Gendarmerie dans son ensemble. Et qui sait ? Peut-être qu’une nouvelle équipe, issue de la 131e promotion de l’AMGN, sous la même devise Semper Paratus, reprendra le flambeau pour s’élancer à son tour vers l’horizon marocain ou vers l’Est de l’Europe où la solidarité est tout aussi nécessaire…